La famille Mayet 1914-1918 : un séminariste, ses frères et ses cousins

L’histoire de la famille Mayet 1914-1918 commence par un seul nom de clerc. Maurice Mayet, séminariste chez les Salésiens de Don Bosco, est le seul des siens que le Livre d’or du Clergé ait recueilli : ses frères et ses cousins, restés laïques, n’y avaient pas leur place. C’est autour de lui que ce mémorial les rassemble. Ils sont d’une même famille lyonnaise, deux branches nouées par un double mariage. La guerre en a fauché cinq.

Le devoir de mémoire collectif se doit d’être aussi individuel et familial.

La maison de la rue Cléberg

Sur la colline de Fourvière, au 11 de la rue Cléberg, les Mayet étaient soyeux de père en fils. Antoine Anne Mayet et son épouse, Jeanne Claudine Clara Paturle, y avaient élevé leurs enfants dans la fabrique de soieries. Deux de leurs fils, Marie Théodore et Jean Marie Joseph, ont repris le métier et sont restés voisins, à la même adresse. C’est là, dans ces quelques maisons de la Croix-Rousse à Fourvière où vivait la fabrique lyonnaise, que sont nés les garçons de cette histoire.

Deux frères, deux sœurs, le même jour à Dole

Le 8 août 1883, à Dole, dans le Jura, deux frères ont épousé deux sœurs. Le même jour, à la même mairie, en deux actes qui se suivent : Marie Théodore Mayet a épousé Jeanne Maria Humbert, et le frère Jean Marie Joseph Mayet a épousé la soeur Laure Alexandrine Humbert. Les deux fiancées étaient filles de Léon François Philippe Humbert, ancien magistrat, et de Marie Joséphine Guyon.

Leurs enfants ne sont donc pas de simples cousins. Nés de deux frères et de deux sœurs, ils sont doublement cousins, aussi proches par le sang que des frères. De ces deux couples sont venus les fils que ce mémorial réunit aujourd’hui : d’un côté les frères, de l’autre les cousins, mais un seul et même sang.

Portrait de Maurice Mayet, scolastique salésien, prêtre soldat de la Première Guerre mondiale
Maurice Mayet, scolastique chez les Salésiens de Don Bosco, caporal au 221e régiment d’infanterie. Tué à l’ennemi devant Verdun le 8 juillet 1916, mort pour la France, il est tombé le même jour que l’un de ses frères.

André, le premier tombé

André Mayet n’avait pas attendu la mobilisation pour servir : en janvier 1912, à dix-huit ans, il s’était engagé volontairement pour trois ans à l’artillerie, où il était devenu brigadier dès la fin de la même année. Il était donc déjà sous les drapeaux quand la guerre a éclaté. Le 2 octobre 1914, à Chuignes, dans la Somme, il a été tué à l’ennemi. Il avait vingt ans. Il a ouvert, dans cette famille, une liste que la guerre allait allonger.

Maurice et Joseph Albert, le même jour

Maurice, le scolastique, aurait pu faire la guerre à l’abri. Mobilisé en août 1914, il avait d’abord été versé dans une unité administrative de l’arrière, loin des tranchées. Il n’y est pas resté. Sur sa demande, il a rejoint le 221e régiment d’infanterie où combattait déjà son frère aîné, Joseph Albert Mayet. Les deux frères se sont retrouvés dans la même unité, la 19e compagnie.

Le 8 juillet 1916, devant Verdun, à la Batterie de Damloup, le régiment a subi un violent combat à la grenade. Ce jour-là, la 19e compagnie a été frappée de plein fouet. Maurice a été tué en se portant en avant ; sa citation à la Médaille militaire, à titre posthume, a retenu qu’il était un :

« caporal d’une bravoure exceptionnelle. Tué en se portant en avant pour repousser une attaque à la grenade, le 8 juillet 1916, devant Verdun ».

Le même jour, dans la même compagnie, Joseph Albert a été grièvement blessé au pied par des éclats de grenade. Évacué vers l’arrière, il a lutté trois semaines. Il est mort de ses blessures le 27 juillet 1916, à l’ambulance installée à Landrecourt. Il avait déjà, en 1914, gagné la Croix de guerre pour avoir pris le commandement d’hommes plus âgés que lui et « fait cesser » le feu ennemi.

Les deux cousins, jusqu’au bout de la guerre

Restaient les deux cousins, les fils de Jean Marie Joseph et de Laure Alexandrine. La guerre les a pris tous les deux, dans sa dernière année. Antoine Camille Mayet, employé de commerce devenu sergent-major, avait été blessé d’une balle à l’épaule dès août 1914, puis cité à l’ordre de la brigade. Il a tenu jusqu’au bout du front, avant d’être atteint par les gaz : il s’est éteint le 13 mai 1918, à l’hôpital de Tours, d’une broncho-pneumonie provoquée par l’ypérite.

Son frère cadet, Antoine Régis Mayet, avait quitté ses études de droit pour le front. Grièvement blessé à Verdun en mars 1916, il avait été cité et décoré de la Croix de guerre pour avoir été frappé

« au milieu de ses hommes qu’il cherchait à réconforter au milieu d’un violent bombardement ».

Soigné, il était reparti au feu. Le 6 août 1918, il est mort à son tour des suites de ses blessures, à Charly, dans l’Aisne. Il avait vingt-trois ans.

Juin 1919 : une noce parmi les absents

Il est un fils que ce mémorial ne peut pas encore présenter comme les autres. La fiche matricule de Joseph Marie Mayet, né rue Cléberg le 25 avril 1890, demeure introuvable à ce jour, égarée dans les tables des registres. Son dossier reste à retrouver ; sa place, elle, ne fait aucun doute.

Le 24 juin 1919, à Lyon, dans le même 5e arrondissement, il a épousé Marie Joseph Cécile Vachon. Son père était mort ; sa mère, veuve, était présente. Autour des mariés, il y avait la place vide de ceux qui n’étaient pas revenus : trois de ses frères, deux de ses cousins.

La famille qui s’était fondée à Dole, trente-six ans plus tôt, par deux mariages le même jour, se rassemblait cette fois autour d’un seul de ses fils rendu au foyer.

Ce que dit cette famille Mayet 1914-1918

Deux sœurs avaient épousé deux frères. Toutes deux veuves avant la guerre, elles ont vu la génération suivante emportée : Jeanne Maria a perdu trois de ses fils, Laure Alexandrine a perdu les deux siens. Le double mariage qui avait uni deux branches en 1883 a débouché, une génération plus tard, sur un deuil partagé.

Deux mères, deux sœurs, ont porté le deuil ensemble : l’une a perdu trois de ses fils, l’autre les deux siens. En quatre ans, cinq garçons d’une même maison sont tombés, du premier jour de la Somme aux derniers étés de Verdun et de l’Aisne. D’un seul nom relevé dans le Livre d’or du Clergé, celui de Maurice, ce mémorial a voulu retisser les liens de toute une famille.

C’est grâce à Maurice Mayet, le séminariste, que ses frères et ses cousins, restés dans l’ombre des listes militaires, ont été rassemblés dans un même élan de mémoire : autour de lui, la maison dispersée par la guerre s’est trouvée réunie.

Sources

  • Actes de mariage du 8 août 1883 — Archives départementales du Jura (Dole), actes n° 55 et n° 56.
  • Acte de naissance de Joseph Marie Mayet — Archives municipales de Lyon, 5e arrondissement, 1890, acte n° 310.
  • Actes de naissance, fiches matricules et fiches « Mort pour la France » des cinq soldats : voir les sources de chacune des fiches individuelles.

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