Note éditoriale. Cette notice présente les Missions Africaines de Lyon d’après les documents publiés par la Société elle-même jusqu’aux années 1920, en restituant le langage et la perspective de leur temps. Elle a une visée documentaire et historique, sans jugement actuel. La Société des Missions Africaines (S.M.A.) poursuit aujourd’hui son activité ; pour une présentation contemporaine, on se reportera à son site officiel.
Fondée à Lyon en 1856 par un évêque français revenu des Indes, la Société des Missions Africaines de Lyon se donnait pour unique objet, selon le premier article de ses statuts, « l’évangélisation de l’Afrique ». On ne la confondra pas avec la Société des missionnaires d’Afrique, dite Pères blancs, fondée plus tard et distincte. Société de prêtres et de frères, et non ordre religieux, elle envoyait ses membres sur les côtes du golfe de Guinée et le long du Nil au moment où la Grande Guerre rappela sous les drapeaux une partie de ses séminaristes, de ses aspirants et de ses missionnaires. Cette notice présente l’institution telle que la décrivent ses propres documents.
Un évêque missionnaire pour fondateur
La Société doit son existence à Melchior de Marion-Brésillac (1813-1859). Né dans le pays de Castelnaudary, ordonné prêtre puis vicaire à Saint-Michel-de-Castelnaudary, il est très tôt attiré par les missions lointaines. Entré au Séminaire des Missions Étrangères de Paris, il part pour l’Inde en 1842 et y exerce d’abord son ministère à Pondichéry puis à Salem. Ses idées sur la formation d’un clergé indigène, qu’il défend lors des synodes de Pondichéry, le placent au premier rang des questions missionnaires de son temps.
Nommé évêque de Pruse et pro-vicaire apostolique du Coïmbatour, il est sacré le 4 octobre 1846 à Caramattampatty. Mais les difficultés rencontrées dans l’organisation des missions de l’Inde le conduisent, après mûre réflexion, à offrir sa démission au Saint-Siège et à quitter le sous-continent en 1855. C’est de ce renoncement que naîtra une œuvre nouvelle : de retour en Europe, l’évêque de Pruse se tourne vers l’Afrique, alors largement à l’écart de l’effort missionnaire catholique.
Lyon, berceau de la Société
À Rome, en 1856, ses projets reçoivent un appui décisif. Par une lettre de la Propagande du 19 février 1856, la Congrégation approuve, encourage et suggère elle-même la création d’une société consacrée à l’évangélisation africaine. Brésillac entreprend alors une longue « croisade apostolique » à travers la France pour réunir des hommes et des ressources : Le Mans, Rennes, Saint-Brieuc, Vannes, Nantes, Angers, Tours, Soissons, et jusqu’à une audience de Napoléon III.
C’est Lyon qui est choisi pour berceau de l’œuvre. Une maison est acquise au quartier Saint-Irénée et le fondateur en prend possession à la fin de 1856. La Société des Missions Africaines est officiellement fondée à Lyon le 8 décembre 1856. Une première recrue de poids le rejoint, l’abbé Augustin Planque, qui dirigera la Société de 1859 à 1907, dont le nom restera attaché aux origines de la Société. La maison-mère lyonnaise donnera son nom à l’institution : les Missions Africaines de Lyon.
L’élan est rapide mais le prix en sera lourd. Le premier départ de prêtres des Missions Africaines de Lyon a lieu le 4 novembre 1858, à destination de Sierra Leone, érigé en vicariat apostolique. Le fondateur lui-même s’embarque à Brest au début de 1859 pour rejoindre ses « enfants ». Une épidémie de fièvre jaune emporte cinq des six confrères réunis à Free-Town au cours du seul mois de juin 1859, dont l’évêque fondateur lui-même. La Société commençait ainsi son histoire sur des tombes.

Une société de vie apostolique, non un ordre religieux
Les statuts insistent sur un point de nature : la Société des Missions Africaines n’est pas un ordre religieux. Ses membres ne prononcent pas de vœux monastiques mais un serment spécial, approuvé par la Congrégation de la Propagande, par lequel ils s’engagent à demeurer dans la Société jusqu’à la mort, à partir en mission quand ils y seront envoyés et à y rester aussi longtemps qu’il plaira aux supérieurs. Ce serment, présenté comme « un acte solennel et héroïque », est prononcé à l’issue d’une retraite de dix jours, la main sur les Évangiles.
La Société se compose de prêtres, d’étudiants en philosophie et en théologie, et de frères laïques coadjuteurs. Elle est gouvernée par un Supérieur Général assisté d’un Conseil. Les aspirants suivent une longue période d’épreuve — deux ans pour les philosophes, un an pour les théologiens — sous la direction d’un prêtre chargé de veiller à leur formation. La règle de vie est exigeante : oraison mentale quotidienne, messe, office divin, examen, confession hebdomadaire, retraite mensuelle, rénovation annuelle du serment. Les missionnaires conservent l’usufruit de leurs biens patrimoniaux, mais tout ce qu’ils reçoivent à l’occasion des missions entre dans la masse commune.
L’esprit de la Société et le rôle des Frères
Les règles de la Société placent au premier rang non l’action, mais ce qu’elles nomment la sanctification personnelle du missionnaire ; la conversion et le salut des âmes ne viennent qu’en second, comme un fruit du premier. Cet esprit s’appuie sur les vertus apostoliques — foi, espérance, pauvreté, obéissance — longuement développées dans le directoire. La pauvreté y est décrite jusque dans le détail des habitations, de la nourriture et des vêtements ; l’obéissance, comme le sacrifice de la volonté et du jugement propre. La Société se réclame de saint Pierre Claver, qu’elle tient pour son patron principal, et de saint François Xavier comme modèles de vie active nourrie d’oraison.
Une place particulière revient au Frère coadjuteur. Exerçant un art ou un métier, il est, selon le texte, l’homme à tout faire de la mission : bâtisseur d’églises, d’écoles et de dispensaires, soignant des malades, conducteur des travaux agricoles. Les règles comparent explicitement son rôle à celui des moines qui, au Moyen Âge, défrichaient et organisaient l’Europe — manière, pour la Société, de présenter le travail manuel et technique comme une voie d’apostolat à part entière. Le postulat des frères dure six mois, le noviciat deux ans, au terme duquel ils prononcent à leur tour le serment.
Les maisons de formation en France
Au moment où paraît cette notice, la Société dispose en France et en Belgique d’un réseau d’établissements de recrutement et de formation. Le grand séminaire de théologie est installé à Lyon, 150 cours Gambetta ; la philosophie, elle, est enseignée à Chanly, près de Wellin, en Belgique — trace du repli hors de France d’une partie des maisons congréganistes après les lois du début du siècle.
Les petits séminaires sont disséminés sur le territoire : Saint-Priest dans l’Isère, Pont-Rousseau en Loire-Inférieure, Saint-Pierre et Bischwiller dans le Bas-Rhin, le château d’Offémont à Tracy-le-Mont dans l’Oise, Beaudonne à Tarnos dans les Landes, Les Roches à Chamalières dans le Puy-de-Dôme. Les noviciats des Frères sont établis à Martigné-Ferchaud en Ille-et-Vilaine, à Vigneulles près de Lorry-lès-Metz en Moselle, et de nouveau au château d’Offémont. C’est de ces maisons que sortaient les séminaristes, aspirants et clercs minorés que la mobilisation devait conduire au front.
Les terrains de mission
L’action de la Société se déploie principalement sur le golfe de Guinée et ses abords. À cette date lui sont confiés les vicariats apostoliques du Bénin (Niger), du Dahomey, de la Côte d’Or, du Delta du Nil, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Niger Occidental et de la Basse-Volta, ainsi que les préfectures apostoliques du Libéria, du Niger Oriental et du Korhogo, en Haute-Côte d’Ivoire. Elle assure en outre des missions auprès des populations noires d’Amérique du Nord. C’est dans ces postes — collèges, dispensaires, écoles, fermes — que servaient les prêtres et les frères avant que la guerre ne rappelât en France une partie d’entre eux.
Les Missions Africaines de Lyon dans la Grande Guerre
Durant le conflit, la Société est dirigée depuis Lyon par son supérieur général Auguste Duret (1914-1919).
Comme toutes les congrégations et sociétés missionnaires, les Missions Africaines de Lyon ont payé un lourd tribut au conflit. Le Livre d’or du Clergé et des Congrégations 1914-1918 recense parmi ses membres, séminaristes, aspirants et frères, plusieurs dizaines de noms : missionnaires rappelés de leurs postes africains, étudiants en philosophie ou en théologie partis comme combattants, frères coadjuteurs devenus brancardiers ou agents de liaison. Les fiches individuelles réunies dans ce mémorial retracent, source à l’appui, le parcours de ceux qui sont tombés ou qui ont servi sous l’uniforme, et prolongent ainsi, sur les champs de bataille d’Europe, l’histoire d’une société née pour l’Afrique.
9 fiches publiées à ce jour. La liste s'enrichit au fil des publications.
ALLEZARD Jean Marie
Séminariste des missions, brancardier au front. Deux fois blessé, il revient toujours relever les siens sous le feu.- BONTÉ Henri Marcel
Séminariste des missions lointaines, brancardier des tranchées. De l'Orient au front de France, il relève les blessés et ensevelit les morts sous le feu. - BOUREL Victor Jean Marie
Promis aux missions lointaines, fauché à l'aube de sa vocation. Éclaireur intrépide, il meurt à son poste de combat. - BRUGGEMANS Jean
Scolastique missionnaire, brancardier sous l'uniforme belge. Deux ans au front. Sous les grenades, il ramène à l'abri ses camarades tués ou blessés. - BUGNON Marcel
Étudiant missionnaire classé auxiliaire, il demande à se battre. Mortellement blessé dans une attaque à la baïonnette, il meurt loin des siens. - CHABERT Jean Marie
Supérieur de mission au Caire devenu infirmier. Au service des contagieux, il a veillé les typhoïdiques quinze mois durant, sous la menace de la fièvre. - CHAZETTE Marcel Émile
Futur missionnaire d'Afrique, sous-officier de chasseurs. Debout sous les mitrailleuses, il encourage ses hommes d'un exemple résolu, frappé à mort. - DUBOIS Adrien Joseph
Vocation tardive, sous-officier intrépide. " Ne reculez pas ! ", crie-t-il en s'élançant, avant de tomber frappé au front. - GUILLEMIN Ernest
De la vocation missionnaire au commandement des zouaves. Ordonné prêtre en campagne, il tombe après sept blessures.
Sources :
- Vie abrégée du noble prélat Mgr de Marion, comte de Brésillac, fondateur des Missions africaines de Lyon (1813-1859), par un prêtre des missions africaines, Lyon, Impr. des missions africaines, 1927 — Texte intégral sur Gallica
- « Société des missions africaines », Wikipédia, l’encyclopédie libre.









