Le diocèse de Lyon 1914-1918 revit ici à travers les textes de la Semaine religieuse du diocèse de Lyon, bulletin hebdomadaire paru de 1914 à 1918 (fonds numérisé par Gallica / BnF). Ils sont reproduits ou résumés tels qu’ils ont été publiés, datés et référencés à leur recueil d’origine.
Ce mémorial relève des « archives et témoignages » : il donne à lire la parole du diocèse telle qu’elle s’est exprimée pendant la guerre, sans commentaire ni mise en perspective d’aujourd’hui. Le texte qui suit rapporte ce que ces écrits disent — il ne le prend pas à son compte. Les mots, les images et les formules — jusqu’aux plus marquées par leur temps — sont ceux de 1914-1918 et n’engagent que leurs auteurs. Au lecteur de se transporter en ces années pour en éprouver l’état d’esprit.
L’état d’esprit du diocèse
Sur l’ensemble de la période, la Semaine religieuse tient un discours d’une grande constance. La guerre y est présentée comme juste, imposée à la France, et lue à la lumière de la Providence. Après la bataille de la Marne, un prédicateur dont le recueil de mai 1916 reproduit le sermon interprète le redressement militaire comme une intervention de Dieu qui « ne voulait pas que la France pérît », et rattache le sursaut de 1914 à une longue série d’interventions célestes en faveur du pays :

« Comme en 451, il suscita Geneviève en face d’Attila, comme en 1429, il envoya Jeanne d’Arc contre les Anglais, Dieu renouvela en 1914, sur les collines de l’Ourcq et de la Marne, son geste de prédilection pour les Francs. »
Semaine religieuse du diocèse de Lyon, recueil du 28 mai 1916.
L’ennemi y est désigné selon le vocabulaire de l’époque — « la barbarie teutonne » —, et la France y est constamment nommée « fille aînée de l’Église ». Le motif n’est pas décoratif : il fonde, dans ces textes, une vocation surnaturelle propre à la nation. Dès 1914, un article rattache cette vocation aux origines mêmes du royaume, la France « née d’un acte de foi sur le champ de bataille de Tolbiac et baptisée à Reims » demeurant « la fille aînée de l’Église, le soldat du Christ, le pionnier de la civilisation chrétienne ».
L’année suivante, commentant une lettre du cardinal Gasparri, le cardinal Sévin y voit la confirmation d’une prédilection romaine pour la France, qu’il relie au « renouveau religieux » qu’il croit discerner dans le pays.
La cause du clergé, plaidée contre l’anticléricalisme
C’est ici que le caractère spécifiquement français du propos apparaît le plus nettement. Le diocèse écrit dans un pays où, depuis les lois laïques et la Séparation de 1905, le clergé est tenu pour suspect ; et où, singularité française, les prêtres ne sont pas exemptés du service mais mobilisés comme les autres hommes de leur classe.
Le recueil de mai 1915 reproduit une longue lettre pastorale du cardinal Sévin qui, sous couvert d’un appel au Denier du Clergé, plaide la cause des prêtres et retourne l’accusation d’antipatriotisme. Il y rappelle l’ancienne calomnie — « ce sont les curés qui font faire la guerre » — pour la réfuter, et oppose à ses auteurs le sang versé par les prêtres et les religieux, y compris ceux que la République avait chassés :
« Quand la France est menacée, nous courons au drapeau, sans regarder à la main qui le porte. Cette main nous a-t-elle frappés hier, veut-elle encore nous frapper demain ? Nous ne voulons ni nous en souvenir, ni prévoir. […] Nourrissent-ils des ressentiments ces religieux expulsés qui avaient cherché un abri dans l’exil, et ont accouru si spontanément, si unanimement, au premier bruit qui leur est parvenu du péril menaçant la patrie, qui les avait chassés ? »
Cardinal Sévin, lettre pastorale, recueil du 28 mai 1915.
Le fondement qu’il donne à ce patriotisme est théologique, emprunté à saint Thomas d’Aquin : « le culte de la patrie est une partie du culte que nous devons à Dieu » (Somme théologique, II-II, question 101, article 1), de sorte que « l’amour de Dieu et l’amour de la patrie n’ont pour ainsi dire qu’un même objet ».
De ce « patriotisme surnaturel du prêtre », le mandement tire un appel à l’union — « à ces hommes nous tendons la main » — qui rejoint l’esprit de l’Union sacrée que le diocèse met par ailleurs en scène, notamment lors des cérémonies où le cardinal paraît aux côtés du préfet, du gouverneur militaire et du maire de Lyon.
Un renversement
Le renversement est net, et le diocèse ne manque pas de le souligner. L’État qui, depuis la Révolution et jusqu’aux lois laïques, avait retiré au prêtre son antique exemption et l’avait exclu « de toute la vie publique de la nation », se trouve, la guerre venue, dans la nécessité d’appeler ces mêmes prêtres sous les drapeaux.
Et l’hostilité d’hier s’émousse à l’épreuve : quand les curés meurent au front, l’accusation qui les disait mauvais citoyens perd toute vraisemblance. Les recueils y voient la démonstration, faite par les faits eux-mêmes, qu’une nation en péril ne peut se passer de ceux qu’elle avait écartés. Le cardinal Sévin l’écrit sans détour, empruntant ses mots à la Genèse :
« Vous avez cherché à me nuire, mais Dieu a fait tourner à mon avantage le mal que vous aviez médité de me faire, car de là est sorti le salut d’un grand nombre. »
Cardinal Sévin, « Note relative aux prêtres mobilisés », recueil du 26 novembre 1915 (citant Genèse, L, 20).
Une renaissance religieuse attendue de la guerre
Ces écrits lisent enfin la guerre comme une épreuve purificatrice dont le diocèse espère un relèvement de la foi. Le recueil de 1914 rapporte de nombreuses conversions au front ; celui de 1915 décrit des soldats jadis hostiles au prêtre que « Dieu a confondus » avec les clercs dans les tranchées, et dont l’auteur attend qu’ils réconcilient « l’Église et la France ».
La mort du cardinal Sévin, en mai 1916, est l’occasion d’un hommage — repris de la presse comme des autorités civiles — à son « patriotisme ardent et éclairé » ; son successeur, le cardinal Maurin, poursuit la même ligne pastorale jusqu’à la fin du conflit.

L’esprit des conseils donnés aux prêtres du front
À côté du discours sur la guerre, la Semaine religieuse adresse un second discours, plus intérieur, à ses propres prêtres et séminaristes mobilisés. Son fil conducteur est constant : le prêtre reste prêtre sous l’uniforme, et il doit préserver au feu la vie sacerdotale qu’il menait à la paroisse.
Dès 1914, le bulletin relaie les recommandations pratiques que les évêques adressent à leurs partants. Ainsi celles de l’évêque d’Orléans, reproduites à Lyon : dire la messe partout où c’est possible, la censure étant levée et le bréviaire dispensé par le Pape dès la mobilisation, mais garder le chapelet quotidien, et user pleinement des pouvoirs de l’ordre auprès des mourants.
« Mais vous aurez votre chapelet, vous le réciterez quotidiennement. […] Vous savez que tous les soldats mobilisés peuvent être, au point de vue de la conscience, considérés comme ceux qui sont en péril de mort. Donc nulle réserve pour eux ni pour vous : vous avez plein pouvoir d’absoudre. Pensez à l’Extrême-Onction dans sa forme brève, peut-être au baptême. »
Recommandations de Mgr Touchet, évêque d’Orléans, reproduites au recueil du 28 mai 1914.
La crainte d’un affaiblissement spirituel
À mesure que la guerre dure, le ton se fait plus inquiet. Le recueil de mai 1915 pose ouvertement le risque : trente mille prêtres et séminaristes sous les armes, c’est « presque tout le Clergé de demain », et l’on redoute pour eux, au contact prolongé des tranchées et des ambulances, une « sécularisation » — la perte du goût et de la pratique de la vie intérieure. Le diocèse y voit un péril à conjurer, non une fatalité :
« À force de vivre occupé des choses matérielles des tranchées et des ambulances, le prêtre-soldat se fait à leur mesure ; et à force d’être privé des choses célestes et d’être distrait des maximes divines, il les oublie, et se déshabitue de la prière, de l’oraison. […] Sa vie intérieure va-t-elle s’attiédir, s’éteindre ? Ce serait le suprême malheur. »
Recueil du 28 mai 1915, à propos du bulletin Le Prêtre aux Armées.
Le remède est concret. Le diocèse recommande l’entretien de la vie eucharistique — jusqu’aux autels portatifs qui permettent de célébrer dans les tranchées — et surtout la diffusion du bulletin Le Prêtre aux Armées, qui apporte deux fois par mois « une méditation quotidienne sur leurs devoirs d’état ». La Semaine religieuse précise que le diocèse y a abonné gratuitement tous ses prêtres et séminaristes soldats, et prie les curés d’en communiquer les adresses. À cette vigilance spirituelle s’ajoutent des dispositions diocésaines : la rénovation des promesses cléricales des prêtres-soldats, et l’invitation faite aux clercs mobilisés de se réunir, quand ils le peuvent, en petites conférences.
Le conseil est aussi donné de vive voix. Le recueil de 1915 rapporte que le cardinal Sévin, rencontrant sur un quai de gare une trentaine de prêtres infirmiers d’un train sanitaire, leur adressa des exhortations « les plus pratiques » :
« Il leur enjoignit de s’inspirer, dans l’accomplissement de leurs obligations militaires, du respect des devoirs et de la dignité de leur vie sacerdotale. »
Recueil du 28 mai 1915.
Une limite doctrinale : « se faire tuer », non « tuer »
Le conseil du diocèse n’est pas un pur encouragement au combat. Il comporte une réserve doctrinale que le cardinal Sévin expose lui-même dans une note qu’il signe, publiée fin 1915. Il y déplore d’abord que la loi française ait aboli l’antique immunité militaire du clergé, tout en reconnaissant le bien qui en est sorti. Puis il fixe une règle ferme : le prêtre appartient à deux sociétés, l’État et l’Église, et sa vocation lui interdit de porter la main sur la vie. Un prêtre rangé parmi les non-combattants ne peut, de lui-même, passer parmi les combattants sans l’assentiment du Saint-Siège :
« En face de l’invitation, fût-ce la plus solennelle, la plus pressante, un prêtre non combattant ne peut accepter d’être versé parmi les combattants qu’après avoir demandé et obtenu l’assentiment du Saint-Siège. […] S’il nous est permis de nous faire tuer, il ne nous est pas permis de tuer. »
Cardinal Sévin, « Note relative aux prêtres mobilisés », recueil du 26 novembre 1915.
La même note indique cependant que cette réserve n’éloigne pas le prêtre du danger : le clerc-infirmier, écrit le cardinal, n’est « nulle part mieux à [sa] place que dans la mêlée », où il a le droit « de s’y exposer à la mort en relevant les blessés » et en préparant les mourants à l’éternité. C’est dans ce cadre — servir et, s’il le faut, mourir sans donner la mort — que le diocèse inscrit la figure du prêtre-soldat qu’il célèbre dans ses notices nominatives, jusqu’à comparer, dans un sermon de 1917, les clercs tombés au Christ « tué sur le champ de bataille du Golgotha ».
Ce qu’en dit le tome 1 du Livre d’or du clergé
Au relevé documentaire, le diocèse de Lyon 1914-1918 tient une place singulière. Dans le premier tome du Livre d’or du clergé — qui ne couvre que les noms de A à K —, Lyon est, de ce tome, le diocèse le plus représenté de France devant Paris : le recueil y rattache 258 clercs mobilisés, dont il signale 90 morts, six Légions d’honneur et vingt-sept combattants cités au moins trois fois. Toujours pour ce seul tome 1, il recense plus de deux mille femmes — infirmières et religieuses hospitalières — et donne Lyon pour première ville d’exercice ; à l’intérieur du diocèse, l’exercice féminin se concentre sur Lyon et son pôle hospitalier, puis sur Saint-Étienne. Ces chiffres, arrêtés à la première moitié de l’alphabet, restent provisoires ; ils situent le diocèse dont la Semaine religieuse rapporte ici l’état d’esprit.
Les religieux du diocèse de Lyon 1914-1918
Parmi ces religieux, certains ont servi comme brancardiers, d’autres comme infirmiers ou comme aumôniers — chacune de ces fonctions fait l’objet d’un dossier particulier.
La liste ci-dessous rassemble les religieux du diocèse de Lyon recensés dans ce mémorial. Recherchez par nom, lieu ou unité dans le cadre de recherche, ou triez en cliquant sur le titre d’une colonne ; cliquez sur un nom pour ouvrir la fiche.
| Nom | Prénom(s) | Naissance | Lieu de naissance | Qualité | Diocèse | Congrégation / Ordre | Unité | Statut final |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| APRILE | Dominique Marius | 9 juin 1884 | Lyon | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 42e RI | † Tué à l'ennemi |
| ARNAUD | Alphonse Joseph | 17 avril 1888 | Saint-Sauveur-en-Rue | Prêtre professeur | Lyon | Clergé séculier | 1er RAP | Démobilisé |
| ARNAUD | Jean | 15 septembre 1888 | Chamboeuf | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 70e BCP | Démobilisé |
| BALEYDIER | Alphonse Jean Mathieu | 25 avril 1881 | Saint-Étienne | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 216e RI | Réformé |
| BALLANDRAS | Jean Marie Jules | 19 janv. 1879 | Coutouvre | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | GBD 52 | Démobilisé |
| BARJON | Michel | 9 juin 1881 | La Talaudière | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | GBC 30 | Démobilisé |
| BÉAL | Joseph | 23 avr. 1881 | Verrières-en-Forez | Prêtre professeur | Lyon | Clergé séculier | 113e RAL | Démobilisé |
| BÉCHET | Joseph | 12 août 1875 | Alby-sur-Chéran | Professeur | Lyon | Clergé séculier | HOE 37 | Démobilisé |
| BELMONT | Joseph Henri Marie François | 8 mars 1885 | Champagne-au-Mont-d'Or | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 329e RI | † Tué à l'ennemi |
| BÉRARDIER | Gabriel Jean Marie | 8 novembre 1883 | Saint-Étienne | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 74e DI | Démobilisé |
| BERTHAUD | Jean Etienne | 25 mars 1881 | Courzieu | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 416e RI | † Mort des suites de blessures |
| BOISSON | Jean Marie Charles | 29 juillet 1882 | Zurich | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 64e BCA | † Tué à l'ennemi |
| BONNEPART | Marie Claude Louis Pierre | 30 décembre 1885 | Lyon | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 23e RI | † Tué à l'ennemi |
| BOSSIS | Anne Marie Françoise | 14 août 1885 | Nantes (6e canton) | Religieuse infirmière | — | Autre congrégation féminine | — | Autre |
| BROSSETTE | Pierre Paul | 19 avril 1894 | Jarnosse | Séminariste | Lyon | Clergé séculier | 414e RI | Démobilisé |
| BRUNEAU | Marie Louis Henry | 2 octobre 1871 | Saint-Galmier | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | GBD 159 | Démobilisé |
| BRUYAS | Jean Baptiste | 26 février 1896 | Larajasse | Séminariste | Lyon | Clergé séculier | 53e BCA | † Tué à l'ennemi |
| BRUYAS | Jean Marie François | 11 décembre 1887 | Larajasse | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 171e RI | Démobilisé |
| CELLARD | Francisque | 15 janvier 1883 | Lyon | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 359e RI | Démobilisé |
| CELLE | Claudine Benoîte | 22 décembre 1855 | Couzon-au-Mont-d'Or | Supérieure | — | Franciscaines | — | Autre |
| CHARVÉRIAT | Marc Horace Joseph | 26 août 1887 | Lyon (2e arrondissement) | Sous-diacre | Lyon | Clergé séculier | 52e RI | † Tué à l'ennemi |
| CHAVALLARD | Pierre Claudius | 6 mai 1891 | Débats-Rivière-d'Orpra | Séminariste | Lyon | Clergé séculier | 12e BCA | Démobilisé |
| CHERVIER | Jean Paul Louis | 9 mai 1885 | Briennon | Prêtre professeur | Lyon | Clergé séculier | 251e RI | Démobilisé |
| COTE | François Antoine | 15 décembre 1873 | Chazelles-sur-Lyon | Aumônier | Lyon | Clergé séculier | GBD 18 | Démobilisé |
| COUPÉ | Maurice Eugène | 27 janvier 1890 | Paris (15e) | Novice | — | Autre congrégation masculine | 155e RI | † Tué à l'ennemi |
| COURBON | Jean Marie François Régis | 16 octobre 1880 | Marlhes | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 265e RI | Démobilisé |
| DANDEL | Jean Louis | 15 octobre 1889 | Pierre-Bénite | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 272e RI | Démobilisé |
| ÉPALLE | Jean Marie Joseph | 24 février 1878 | Marlhes | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 24e SIM | Démobilisé |
| ÉPALLE | Jean Claude Marie | 30 décembre 1881 | Marlhes | Vicaire | Lyon | Clergé séculier | 359e RI | † Mort des suites de blessures |
| ÉPALLE | Marie Sophie Eulalie Frébronie | 27 décembre 1883 | Marlhes | Sœur infirmière | — | Sœurs de Saint-Joseph | — | Autre |
| MICHAUD | Maurice Jules | 8 octobre 1886 | Lyon (1er) | Séminariste | Lyon | Clergé séculier | Aéronautique de l'armée serbe (secteur du Vardar) — armée d'Orient | Démobilisé |
| REMILLIEUX | Jean Émile Marie Joseph | 18 novembre 1886 | Lyon (2e) | Prêtre professeur | Lyon | Clergé séculier | 223e RI | † Mort des suites de blessures |
Sources.
Semaine religieuse du diocèse de Lyon, recueils du 28 mai 1914, du 28 mai 1915, du 26 novembre 1915, du 26 mai 1916, du 1er décembre 1916 et du 1er juin 1917 (Gallica / BnF, domaine public). Les citations sont rattachées à leur recueil.

