Le collège Sainte-Marie de Rumilly a vu (au moins) six des siens partir à la guerre : son supérieur et ses professeurs, prêtres et séminaristes du diocèse de Chambéry, ont quitté leurs classes pour le front. Tous en sont revenus vivants — c’est l’histoire peu commune que raconte cette page.

Crédit : Carte postale ancienne (collection particulière)
Un petit séminaire
Le collège de Rumilly n’était pas un établissement ordinaire : c’était le petit séminaire Sainte-Marie. Héritier lointain d’un collège fondé par les Oratoriens en 1650, il était devenu petit séminaire en 1827, puis s’était installé en 1854 dans l’ancien couvent de la Visitation, que l’on avait complété d’une chapelle en 1865 et d’un bâtiment de classes en 1899. Maison de formation du clergé, il accueillait aussi des élèves externes de la bourgeoisie de Rumilly, et a dispensé un enseignement réputé jusqu’à sa fermeture, en 1967-1968. Son supérieur était vicaire général de Chambéry, et tous les hommes réunis ici relevaient de ce diocèse.
Le supérieur et ses maîtres
- François MONARD, supérieur du collège, chanoine et vicaire général de Chambéry : à près de quarante ans, il s’est fait simple brancardier en Champagne et à Verdun.
- Jean Marie DUCRUET, prêtre professeur : officier d’artillerie de la Serbie au front de France, il dégageait sous le feu les servants ensevelis par les obus.
- Antoine Félix CHAVANEL, prêtre professeur de langues : interprète d’italien puis d’allemand, brancardier-aumônier des chasseurs alpins, il a réclamé le front malgré son âge.
- Joseph RIGAUD, prêtre professeur : soldat d’élite à l’assaut de Craonne, puis brancardier, deux fois blessé, il y a perdu deux doigts.
- Paul Marius MICALOD, séminariste en 1914, revenu enseigner à Rumilly après la guerre : agent de liaison à Verdun, fusilier-mitrailleur, il a combattu des Balkans au front de France, deux fois blessé.
Des destins qui se croisent
Leurs guerres se répondent. Deux d’entre eux ont servi à l’armée d’Orient, dans les Balkans. Deux ont été touchés par les gaz. Plusieurs ont porté la civière, souvent bien au-delà de leur âge. Deux ont été blessés deux fois. Et trois enseignaient déjà à Rumilly avant 1914, quand le quatrième professeur, Micalod, ne les a rejoints qu’une fois la guerre finie.
Un dernier, enfin, reste dans l’ombre : un abbé « J. M. », professeur au collège de Rumilly et infirmier, choisi le 28 août 1917 pour porter le drapeau de la ville de Chambéry à la cérémonie du col de la Chipotte, dans les Vosges. Son nom n’a pas encore été retrouvé.
Sources
- Historique du groupe scolaire Démotz de Rumilly — pour l’histoire du collège Sainte-Marie (petit séminaire de 1827 à 1967-1968) et pour sa réalité d’aujourd’hui.
- Dieu et patrie : l’héroïsme du clergé français devant l’ennemi, 30 septembre 1917 (Gallica / BnF) — pour la cérémonie du col de la Chipotte et l’abbé « J. M. », porte-drapeau de la ville de Chambéry.

