Les agents de liaison grande guerre comptèrent dans leurs rangs nombre de prêtres, de séminaristes et de religieux. Mobilisés dans l’infanterie, ces ecclésiastiques furent souvent désignés pour porter les ordres et les comptes rendus d’un échelon de commandement à l’autre, jusqu’en première ligne — une fonction où l’on attendait mémoire, sang-froid et exactitude, et que leur formation les préparait à remplir.
Cette page rassemble les ecclésiastiques du Mémorial qui ont tenu cet emploi. Pour en éclairer le rôle, elle s’appuie sur les prescriptions des règlements de l’époque, et notamment sur le Manuel du chef de section d’infanterie.
Le lien vital du commandement
Dans l’organisation du combat décrite par le Manuel du chef de section d’infanterie, le commandement ne tient que par la chaîne des hommes qui portent ordres et comptes rendus d’un échelon à l’autre. Le manuel place auprès du capitaine « un agent de liaison par section » et, pour l’ensemble de la compagnie, « un fourrier et un clairon ». Ces agents, précise-t-il, « doivent être en même temps des observateurs ». Ils rejoignent leur chef « dès que la compagnie prend une formation telle qu’il ne peut plus la commander tout entière à la voix ».
Au combat comme au cantonnement, ce personnel se regroupait autour du commandant : le manuel décrit un « groupe de liaison » placé sous les ordres du caporal fourrier, réunissant les tambours et clairons, les agents de liaison et le cycliste. La liaison entre le chef de section et le capitaine, ajoute-t-il, « est faite par coureurs (agents de liaison) ou fanions carrés de signaleurs » ; les tambours et clairons « servent en principe d’agents de liaison au capitaine ».
Les qualités d’un agent de liaison
Le choix de ces hommes n’était pas indifférent. Parmi les qualités exigées du spécialiste affecté à la liaison, le manuel énumère : « Dévouement absolu, discrétion, aptitude à rendre compte de ce qui se passe, mémoire du terrain, écriture très lisible. » Autant de traits qui désignaient volontiers les clercs et les séminaristes, accoutumés à l’étude, à la mémoire et à l’exactitude.
La fonction supposait une parfaite connaissance du terrain. Le manuel demande que les agents de liaison et les coureurs aient « reconnu d’avance le terrain sous la direction d’officiers, non seulement le réseau des boyaux, mais le terrain libre, afin de n’être pas désorientés dès qu’ils sortiront de leurs parcours habituels ». Chaque coureur devait être « capable de parcourir la nuit la totalité de l’itinéraire affecté à la chaîne dont il fait partie ». Il fallait aussi que tous les postes de commandement, jusqu’à ceux des capitaines, « puissent être aisément trouvés même par des agents de liaison étrangers à l’unité » : d’où les itinéraires jalonnés, les pancartes et les plantons.
Un service en première ligne

Source : Images défense
Quand le bombardement entrait en jeu, l’agent de liaison devenait le dernier recours. Le manuel est formel : « Il ne faut pas compter sur le téléphone : il est presque certainement coupé », et la liaison optique demeure « incertaine à cause du bouleversement complet de la première ligne et de l’épaisse poussière qui y règne ». Reste l’homme : « Le coureur, surtout le coureur doublé, est le seul moyen de liaison presque certain, mais il est coûteux et n’est pas immédiat. Il faut le réserver comme ultime ressource pour les heures de crise. »
Ce recours avait un prix. Le manuel le dit sans détour : « La liaison par coureurs, surtout par coureurs doublés, est celle qui donne le moins de mécomptes sous les violents bombardements, mais elle entraîne souvent des pertes élevées. » Les relais étaient espacés « de 150 à 300 mètres ». Pour économiser les hommes, le manuel recommande de combiner le coureur, le lance-message et le téléphone : là où une ligne n’est coupée que par tronçons, « on peut gagner du temps en remettant aux coureurs un message ouvert qui sera téléphoné par le prochain relai demeuré en communication avec le destinataire ».
Le rôle pouvait devenir décisif à l’heure de la contre-attaque. Le manuel prévoit que « le chef d’une section de contre-attaque entretiendra un agent de liaison dans la parallèle principale ou même établira une chaîne de coureurs, afin d’être prévenu par ces moyens personnels que le moment de déclencher la contre-attaque est venu ». Sur le terrain, l’agent de liaison se reconnaissait à son insigne : « brassard bleu horizon avec L bien foncé. » C’est dans cet emploi exposé, au plus près du commandement et du feu, que servirent les ecclésiastiques agents de liaison.
Pour découvrir les hommes
36 fiches publiées à ce jour. La liste s'enrichit au fil des publications.
ARNAUD Alphonse Joseph
Prêtre et officier d'artillerie, blessé quatre fois. Sous les gaz des Flandres, sa batterie fond de moitié et il tient bon, du premier jour au dernier.- ARZEL François Marie
Du collège breton au front, cycliste du colonel, il porte les ordres sous le feu et meurt frappé par un obus, dès les premières semaines. - AUDRAIN Henri Maurice Albert
Agent de liaison douze heures sous les obus, puis chef de section qui marche avec les chars. Cinq citations, deux blessures : le séminariste n'a jamais reculé. - BECK Paul Clovis Joseph
Jésuite d'Alexandrie, sergent au front. Sous le bombardement, il assure liaisons et ravitaillement de la ligne de feu. - BELLÈGUE Jean Joseph
Agent de liaison à 42 ans, blessé en exécutant sa mission sous un bombardement violent au Lingekopf. Réformé, séquelles à une jambe et un œil. - BELLOIR Arsène Théodore
Sergent-fourrier parti volontaire dans un bataillon de marche, blessé grièvement à Fère-Champenoise le 6/9/1914 en portant un ordre sur la ligne de feu. - BÉRIOT René Georges Joseph
Deux fois blessé, deux fois cité, toujours en première ligne. Volontaire de trop. Tué à 23 ans, à six semaines de l'armistice, en pleine patrouille de liaison. - BERTRAND Noël Florent Joseph
Enseignant au Mexique, combattant en France. Il est agent de liaison sous le feu des mitrailleuses, blessé, il fait passer les ordres. - BIMIER Athanase Joseph Pierre Marie Antoine
L'un des trois frères mobilisés. Sous le feu nourri, il porte les ordres à sa section. L'un de ses frères, séminariste comme lui, ne reviendra pas. - BIMIER Joseph Augustin Pierre Marie Antoine
L'aîné des trois frères BIMIER. Quatre ans et neuf mois sous l'uniforme, intoxiqué aux gaz dès mars 1915. Son cadet séminariste ne reviendra pas. - BLANC Jean Baptiste Marie Antoine
Du tableau noir mexicain à la plaine de Champagne. Agent de liaison sous le feu, tué le premier jour de l'offensive. - BOIS Lucien Jules Henri
Prêtre professeur, agent de liaison dès 1914. Prisonnier, miné par la captivité, il meurt en exil à vingt-sept ans. - BOISSIEU (DE) Joseph Marie
Dominicain missionnaire de Mésopotamie, agent de liaison. Il tombe aux Dardanelles en portant un ordre sous le feu. - BOLTE Joseph
Jeune clerc fauché un message à la main. Sous le bombardement et les mitrailleuses, il meurt en porteur d'ordres. - BONGARD Jean Marie Joseph
Franciscain breton exilé en Hollande, mobilisé à 30 ans. Agent de liaison sous les bombardements en Champagne, huit jours sous le feu, démobilisé en 1919. - BORNAND Émile Auguste
De la chaire du Levant aux tranchées de Verdun. Sous le feu, il porte les ordres, riposte à l'assaut et fait neuf prisonniers. - BOUHIER Louis Émile Marie
Du séminaire à la liaison sous le feu. Tout jeune soldat, il porte les ordres au mépris des mitrailleuses et tient le terrain pied à pied. - BOULER Joseph Marie
Clerc minoré devenu estafette du feu. Porteur des ordres entre bataillon et compagnie, il s'effondre d'une balle à la tête. - BOURNIQUEL Jean Baptiste Louis
Missionnaire en formation, soldat de liaison. Il franchit le feu pour transmettre les ordres, jusqu'au jour où il y laisse la vie. - BOUSQUET Marcellin Léon Henri
Professeur devenu agent de liaison. Sous les mitrailleuses il transmet les ordres et relie les compagnies quand l'obus a tué les estafettes. - BOUYER Antonin Marie Eutrope
Du séminaire au front, brancardier puis agent de liaison. Blessé en assurant la liaison sous l'offensive, il est capturé et interné en Allemagne. - BRÉHERET René François Auguste
Jeune religieux capucin devenu agent de liaison. À Verdun, il franchit le feu des mitrailleuses pour transmettre un ordre et y laisse la vie, à dix-neuf ans. - BRIAND Jean Baptiste
Vicaire versé au service auxiliaire, il choisit le front. D'infirmier à agent de liaison, gazé mais debout, il rentre vivant. - BRUNO Albert Victor
Vicaire jugé trop faible pour combattre, il exige le front. Infirmier, il sauve ses blessés sous les obus et porte les ordres sous les mitrailleuses. - CABARET Alphonse Léon
Curé devenu maréchal des logis, aumônier volontaire et brancardier. Sous le feu, il ensevelit les morts et porte les ordres ; deux fois il tombe, blessé. - CADOUX Auguste
Curé au Canada, revenu brancardier-aumônier. Blessé sous le feu en secourant les siens, il devient ensuite agent de liaison auprès des armées alliées. - CANNAUD Paul Armand
Séminariste devenu agent de liaison. Deux fois frappé sous le feu en portant les ordres, il s'éteint à l'arrière, emporté par sa seconde blessure. - CHADEFAUX Louis
« Au régiment depuis le commencement de la campagne, a toujours rempli ses fonctions de brancardier avec un zèle et un dévouement inlassables, aux [...] » - CHAVIGNY Charles Bertrand
« Soldat d'élite. S'est montré dans un élan superbe à l'assaut des positions ennemies le 14 septembre 1916. A été tué en accomplissant bravement son [...] » - CHUETTE Robert Théophile
Séminariste et étudiant en droit, agent de liaison sous le feu, il porte les ordres d'une ligne à l'autre. Tué à vingt et un ans, dès le premier hiver. - CLÉMENT Marie Louis Pierre Benjamin
Séminariste et officier de choc. Grièvement blessé, privé d'un bras, il désamorce les grenades avec ses dents avant de céder. Chevalier de la Légion d'honneur. - CONTESSE Marie René Maurice
Du séminaire aux chasseurs à cheval, engagé sans y être tenu. Frappé d'une balle à la tête en reconnaissance, il achève sa mission avant de mourir. - CORMIER Louis Marie René
Instituteur en soutane devenu sergent de chasseurs. Patrouilleur intrépide, chef de section, il est tombé au feu en menant ses hommes à l'assaut. - DEHERGNE Charles Paul Louis Marie
Jeune clerc, il demande le front dès la mobilisation. Agent de liaison, il porte les ordres sous le feu et tombe aux premières semaines de la guerre. - DELORME Pierre Augustin
Enseignant aux Canaries, agent de liaison chez les chasseurs. Sous les obus il relie les compagnies, sauve son capitaine blessé et tombe frappé à son tour. - PONSARD Marie François Hippolyte
Trappiste fait porteur d'ordres. Blessé mais toujours debout, il se glisse seul devant les lignes ennemies pour les reconnaître, et y laisse la vie.
Sources
- Manuel du chef de section d’infanterie, édition de 1916 — Gallica / Bibliothèque nationale de France.
- Manuel du chef de section d’infanterie, édition de 1918 — Gallica / Bibliothèque nationale de France.

































