Le 9e bataillon de chasseurs à pied dans la Grande Guerre

Avant la guerre, le 9e bataillon de chasseurs à pied tenait garnison aux confins de la Lorraine, l’état-major et quatre compagnies à Longuyon, deux compagnies à Longwy. Rattaché à la 4e division d’infanterie, il allait porter sur tous les grands champs de bataille de la Grande Guerre la réputation d’endurance de ses chasseurs, issus pour beaucoup, comme le note son historique, « de la race des remueurs de terre et des mineurs ». De l’Argonne au Rhin, son parcours croise celui de plusieurs ecclésiastiques du Mémorial du Clergé qui servirent dans ses rangs : c’est leur bataillon que retrace cette page.

De la couverture à l’Argonne (1914)

Dès le 31 juillet 1914, le bataillon prend sa position de couverture face à la frontière. Les premiers accrochages avec la cavalerie ennemie, à Beuveille le 8 août, lui valent les félicitations du général de division. Puis vient la bataille : le 22 août, à Bellefontaine, les 2e et 3e compagnies enlèvent à la baïonnette le bois de Tintigny ; le 27 août, les chasseurs reprennent Cesse « clairon sonnant ». Après la retraite, le bataillon tient Maurupt pendant la bataille de la Marne, du 6 au 10 septembre, sous un déluge d’obus, avant de participer à la poursuite de l’ennemi.

En septembre, le bataillon entre en Argonne, dans ce secteur du Four-de-Paris dont les noms — Bagatelle, Saint-Hubert, la Fille-Morte — vont devenir célèbres. Le 29 septembre, l’ennemi attaque sur tout le front ; les combats se prolongent jusqu’au 6 octobre. C’est là, au Four-de-Paris, le 30 septembre 1914, qu’est tué le sous-diacre Germain Budinger, sergent à la tête de sa section : il est le premier des ecclésiastiques du bataillon à tomber. S’ouvre alors une guerre nouvelle, de sape et de mine, menée par le redoutable XVIe corps allemand venu de Metz, où la lutte est si âpre qu’on relève les troupes tous les quatre ou cinq jours.

La Tranchée de Calonne et les Éparges (1915)

Portrait du capitaine Catlin, du 9e bataillon de chasseurs à pied
Portrait du capitaine Catlin, du 9e bataillon de chasseurs à pied.
Source : Historique du 9e BCP

Après un hiver d’Argonne et les durs combats de la Woëvre, au printemps 1915, le bataillon est engagé sur les Hauts de Meuse. Le 21 juin 1915, il reçoit l’ordre de reprendre l’attaque du point C, à l’ouest de la Tranchée de Calonne. À 16h45, porté par une préparation d’artillerie « inconnue jusque-là », il bondit jusqu’à la troisième ligne allemande, clairons sonnant la charge, et enlève la position. Les jours suivants, les grenadiers de la garde prussienne contre-attaquent sans relâche : la lutte tourne au duel à la grenade.

C’est dans ce combat que tombe le clerc minoré Albert Barbier, sergent, frappé au front en pénétrant dans la tranchée ennemie. C’est là aussi que le prêtre Marie Louis Catlin, lieutenant commandant la 1re compagnie, gagne sa croix de chevalier de la Légion d’honneur. Le bataillon passe ensuite l’été dans le secteur tourmenté des Éparges, où le travail souterrain de la guerre de mines fait gronder la terre sous les pieds des défenseurs.

Verdun, puis la Somme : les combats de Berny (1916)

Portrait du capitaine Stackler, du 9e BCP, tué à Berny en 1916
Portrait du capitaine Stackler, du 9e bataillon de chasseurs à pied, tué à Berny en 1916
Source : Historique du bataillon sur Gallica

En avril 1916, le bataillon entre dans la « fournaise de Verdun ». Du 14 au 26 avril, entre la ferme de Thiaumont et le fort de Douaumont occupé par l’ennemi, il subit douze jours d’un bombardement ininterrompu par obus de 150, 210, 305 et 380. Le 20 avril, après avoir lancé à la contre-attaque tout ce qui lui reste d’hommes, il peut dire, comme tant d’autres : « Aujourd’hui, nous avons sauvé Verdun. »

L’été le porte sur la Somme. Devant Berny-en-Santerre, le 15 septembre 1916, les vagues d’assaut de la 1re compagnie — celle de Catlin — franchissent « en un superbe élan » la tranchée de Berny et dépassent l’objectif assigné. Deux jours plus tard, le 17 septembre, le bataillon enlève le village : la 4e compagnie dépasse son objectif et conquiert un canon de 88, tandis que la 3e compagnie, bloquée au chemin creux, livre un combat acharné où tombe son chef, le capitaine Stackler, et où disparaissent tous ses officiers blessés.

Le butin de la journée — un canon, douze mitrailleuses, des lance-bombes et des lance-flammes — témoigne de l’âpreté de la lutte.

Le 9e bataillon de chasseurs à pied sur le Chemin des Dames (1917)

Le 16 avril 1917, à l’avant-garde de la 4e division, le bataillon franchit l’Aisne pour l’offensive du Chemin des Dames. Il est ensuite porté dans le secteur de Cormicy, au nord-ouest de Reims, sur la cote 108 : une position formidable, dominée par une carrière de dix mètres de profondeur d’où l’ennemi débouche par un double étage de galeries, le canal de l’Aisne à la Marne dans le dos. Les combats des 4, 10 et 11 mai 1917 y sont d’une violence extrême, salués jusque par le général commandant la division voisine. C’est dans ce secteur, le 7 mai 1917, qu’est tué à son poste de combat le séminariste Joseph Arnould, sergent, sous un violent bombardement.

Portrait du médecin-major Romain, chef du service de santé du 9e BCP
Portrait du médecin-major Romain, chef du service de santé du 9e bataillon de chasseurs à pied
Source : Historique du bataillon sur Gallica

L’aumônier au milieu des chasseurs

Aux côtés des combattants servaient ceux qui soignaient les corps et soutenaient les âmes. Le curé Jean Bordes, infirmier depuis le début de la campagne, rejoint le 9e BCP le 1er juin 1916 et y reste jusqu’en juin 1917, traversant avec lui la Somme et le Chemin des Dames comme infirmier puis aumônier volontaire. Le bataillon lui-même le citera à son ordre, saluant le sous-officier qui, « par son entrain, sa parole et son exemple », fut « le soutien moral des hommes ». C’est, dans ces régiments où le clergé combattait au même rang que les autres, la figure du prêtre demeuré au milieu des chasseurs.

1918 et la marche au Rhin

Engagé dans les combats de 1918, le bataillon participe à la grande avance d’automne du 2e corps d’armée, qui rejette l’ennemi de trente kilomètres au-delà de l’Aisne. C’est dans le secteur de Lunéville, où il préparait encore une attaque, qu’il apprend, le 11 novembre à 10h55, l’arrêt des hostilités : « Pas de cris, pas de chants chez les chasseurs du bataillon. Une joie grave et quelques yeux humides. »

Puis vient la marche vers le Rhin. Traversant la Lorraine et l’Alsace au milieu des acclamations, le bataillon franchit la Lauter le 2 décembre 1918 et pénètre dans le Palatinat. Le 7 décembre, tous ses éléments disponibles sont rassemblés devant le pont de Maxau, face à Karlsruhe, où s’élève le chant : « Nous l’avons, votre Rhin allemand. »

Le poste du 9e bataillon de chasseurs à pied sur le pont de Maxau, dans le Palatinat, fin 1918
Le 9e bataillon de chasseurs à pied sur le pont de Maxau (Palatinat), décembre 1918
crédit: Historique du 9e BCP, Gallica

Du Four-de-Paris en 1914 au pont de Maxau en 1918, le 9e bataillon de chasseurs à pied aura traversé toute la guerre. Les ecclésiastiques de ce mémorial qui y servirent — Germain Budinger, Albert Barbier, Marie Louis Catlin, Joseph Arnould et Jean Bordes — en ont partagé les épreuves, prêtre, sous-diacre, clerc ou séminariste, fondus dans le rang des chasseurs.

SOURCE

« Le 9e bataillon de chasseurs à pied pendant la guerre de 1914-1918 : souvenir à tous ceux qui en ont fait partie » sur Gallica

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