110e régiment grenadier allemand — Loos et Vermelles, octobre 1914

Le 110e régiment grenadier badois arrive dans le bassin minier du Nord le 8 octobre 1914. Pendant trois semaines, il combat autour de Bauvin, Loos et Vermelles, face aux mêmes lignes françaises qu’Émilienne observe depuis son grenier. Journal de marche traduit de l’allemand.

⬅️ À lire également : le même secteur vu du côté français — mémoires d’Émilienne Moreau, épisodes V et suivants.

8 octobre 1914 — Entrée dans le bassin minier

Nous étions entrés dans le grand bassin houiller du Nord de la France ; à l’horizon se succédaient les cheminées ; les nombreuses tours caractéristiques des fosses, les terrils de charbon pouvant atteindre 30 mètres de hauteur donnaient à la région son caractère particulier.

9 octobre — La marche sur Loos

À notre division, la marche commença le 9 octobre à 17 heures. En trois colonnes, la division progressa ; la colonne droite et centrale (v. Grüter et v. St. Ange) étaient sous le commandement du général Freyer, la gauche sous le général v. Olczewski.

Devaient marcher : la colonne droite de Berclau par Billy, Douvrin, Haisnes sur Vermelles ; la colonne gauche de Meurchin par Wingles, Hulluch sur Vermelles ; la colonne gauche de Meurchin par Estevelles, bord nord de Lens sur la Fosse 11 au sud de Loos.

Cette colonne était la plus faible ; elle comprenait I/110, qui dans le courant du 9 octobre prit une position dicht nordwestlich Lens et y demeura le 10 octobre. On s’y creusa sommairement.

110e régiment grenadier — adjutant II/110 lieutenant Todt devant un coron du secteur de Loos 1914
Le QG du IIe bataillon du 110e régiment grenadier — adjutant lieutenant d. R. Todt. Secteur de Loos-Hulluch, octobre 1914

9-10 octobre — Le passage du canal à Bauvin

Le 9 octobre à 8h30, le détachement avait franchi le canal à Bauvin. Le régiment grenadier 110 avait accompli sa mission.
Derrière nous passa la division de cavalerie de la Garde par le pont de Bauvin.

10 octobre — Les combats devant Vermelles

Le matin du 10 octobre arriva. Et maintenant commençait pour notre régiment une longue série de jours durs et sanglants, dont le nom de code était « Vermelles ».

Les jours de Vermelles comptent parmi les plus durs et les plus coûteux en pertes que notre régiment ait eu à traverser pendant toute la guerre. Il y eut des attaques des types les plus difficiles, commencées courageusement, qui s’arrêtaient face à l’effet dévastateur des armes ennemies, puis reprises, parfois réussies, mais sans qu’aucun succès décisif ait été obtenu.

C’étaient des attaques menées le plus souvent en terrain découvert contre un ennemi solidement retranché, qui se défendait vaillamment, soutenu efficacement par une puissante artillerie, tandis que notre propre artillerie, à court de munitions, ne pouvait pas suffisamment préparer le chemin de l’infanterie vers la victoire.

Note de l’éditeur : Quand le 110e régiment grenadier évoque « l’ennemi » retranché à Vermelles en octobre 1914, il s’agit de régiments français — notamment le 21e régiment d’infanterie. Le 109e régiment badois, unité allemande comme le 110e, combat dans le même secteur aux côtés de ce dernier. Côté civil, c’est depuis Loos qu’Émilienne Moreau observe ces mêmes combats dans ses mémoires.

10 octobre à 7h — L’assaut sur Vermelles

Le 10 octobre à 7 heures du matin, les deux détachements Grüter et St. Ange se lancèrent dans un nouvel assaut sur Vermelles. Les ailes intérieures (aile gauche Gr., aile droite St. A.) devaient progresser le long de la route Hulluch—Vermelles.

L’attaque atteignit à nouveau le remblai de la voie ferrée, et c’est ici qu’elle se heurta à nouveau, comme la veille, à un feu violent d’infanterie et de mitrailleuses, venant du bord du village situé à seulement 5 à 600 mètres, où les tireurs ennemis étaient complètement couverts.

Notre artillerie, contrainte à la plus extrême économie de munitions, ne pouvait avec ses quelques coups réduire ce feu ennemi. Et de nouveau dans l’après-midi, l’artillerie ennemie de Noyelles et Mazingarbe ouvrit son feu, cette fois encore plus en enfilade que la veille, si bien que même le remblai ne suffisait plus comme protection.

110e régiment grenadier — canon de 75 français en action secteur Vermelles 1914
Un canon de 75 français en action — l’artillerie française contre le 110e régiment grenadier qui subit son feu dévastateur lors des combats de Vermelles, octobre 1914.

De lourdes pertes s’ensuivirent ; l’Oblt. v. Borcke, commandant de la 8e comp., le Lt. Stoll, adj. du IIe Batl., tombèrent au champ d’honneur ; notre brave Böker, chef de la 12e comp., eut le bras arraché par un éclat d’obus.

12 octobre — La prise de Vermelles

Pour le lendemain matin (12 octobre) à 6 heures, le colonel v. Grüter et St. Ange ordonnèrent l’assaut sur Vermelles. C’était la meilleure et probablement la seule façon d’améliorer la situation.

L’assaut réussit. Après que l’artillerie (de campagne et lourde) eut tiré trois salves sur le bord du village, tout s’élança à 6 heures — il faisait encore nuit — et fonça dans le village jusqu’au bord opposé. Dans le village, il en vint au combat au corps à corps à la baïonnette. L’Uffz. Wittmann avec quelques hommes conquit une automobile blindée. Le Gfr. Preusch mit hors de combat d’un vigoureux coup de baïonnette le conducteur du véhicule.

Naturellement, l’assaut ne s’était pas déroulé sans pertes. L’Oblt. d. R. Hellwig était tombé ; le Lt. d. R. Nirrnheim, déjà blessé à Mülhausen, fut de nouveau blessé et mourut deux jours plus tard à l’hôpital de campagne de Hulluch.
Depuis le soir de Bauvin, les IIe et IIIe bataillons avaient perdu encore 10 officiers et 290 hommes — une perte douloureuse.

110e régiment grenadier — Hauptmann Völker 5e compagnie devant les ruines de Vermelles 1914
Le Hauptmann d. R. Völker, commandant de la 5e compagnie du 110e régiment grenadier, devant les ruines de Vermelles, octobre 1914

13-16 octobre — Vermelles tenu sous le feu

Tant le 13 octobre que le 16, les Français tentèrent une poussée pour reprendre le village ; toutes ces poussées furent repoussées.
À Hulluch, on enterrait chaque jour au cimetière local, autour de la belle vieille église, les officiers et soldats tombés. Dans les années de guerre ultérieures, Hulluch avec son église et son château fut complètement rasé.

18-20 octobre — Les renforts et les nouvelles attaques

Les 18 et 20 octobre, de nouveaux transports de renforts arrivèrent à Hulluch, composés de soldats de divers bataillons de réserve, de gens de toutes les classes d’âge.
Le 20 octobre à 10 heures du matin, les tireurs s’élancèrent à nouveau. Ici aussi se manifestait la même puissance des effets du feu gigantesque. Ici aussi, après des pertes considérables, 2 à 300 m de terrain avaient été gagnés, l’attaque s’arrêtant net.
Le commandant de bataillon, le major Mors, et son adjudant, le lieutenant v. Heymann, furent tous deux blessés par des éclats d’obus.

22 octobre — Le 110e régiment grenadier allemand entre en guerre de positions

Ainsi, le 22 octobre sonnait pour notre régiment la fin de la guerre de mouvement fraîche et décisive. Comme partout à cette époque sur tout le front ouest, ici un peu plus tard, là un peu plus tôt, la guerre de positions avait commencé à Vermelles—Loos—Liévin.
Pour une durée indéterminée, la décision de la guerre était repoussée. Notre patrie était coupée de l’approvisionnement en denrées alimentaires venant de l’étranger par le blocus illégal au regard du droit des gens.

⬇️ À lire également : le même combat vu du côté français — 281e régiment d’infanterie, reprise de Vermelles 1914.

Source et crédits :

Grenadier-Regiment Nr. 110, journal de marche, secteur Bauvin—Vermelles—Loos, octobre 1914. Traduit de l’allemand (gothique). Original conservé à la Bayerische Staatsbibliothek.

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