Le 281e régiment d’infanterie donne l’assaut sur Vermelles le 1er décembre 1914. En six jours de combats acharnés, la reprise de Vermelles 1914 s’accomplit maison par maison, tranchée par tranchée. Journal de marche du 281e RI — Mémoires des Hommes / Gallica.

1er décembre 1914 — Le 281e régiment d’infanterie donne l’assaut sur Vermelles
À onze heures précises ce matin-là, l’explosion de la mine creusée sous le château de Vermelles déchire l’air glacé de décembre. C’est le signal tant attendu. Dans le secteur du 296e RI, les débris volent encore quand retentissent les six coups de canon dirigés sur les maisons occupées par l’ennemi face à la 18e compagnie du 281e RI.

Dans le centre de résistance ouest du capitaine Pagès
À onze heures vingt, après le sixième coup de canon, dix-huit spahis et une section de la 18e compagnie s’élancent sur les maisons situées au-delà de la barricade française. Les hommes franchissent les obstacles sous le feu ennemi, baïonnette au canon. Un combat acharné s’engage dans les ruines.
Les Allemands, surpris par la violence de l’assaut, se retirent de leurs tranchées en empruntant un boyau de communication. La victoire se paie cher : pour les spahis, un tué et deux blessés ; pour la 18e compagnie, deux tués et sept blessés. Mais l’ennemi, fortement retranché dans les maisons suivantes et dans ses ouvrages de deuxième ligne, riposte violemment.
Dans le centre de résistance est du commandant Guigou
Pendant ce temps, dans le secteur des corons, le centre de résistance est du commandant Guigou se prépare à sa propre offensive. Dès l’aube, une compagnie du 21e RI, mise à disposition du commandant et destinée à prolonger le mouvement du 281e RI sur sa droite, a pris place dans les tranchées de première ligne.
Les hommes de la 22e compagnie sont postés en deuxième ligne, prêts à utiliser les débouchés préparés. Une compagnie du 109e RI se répartit : un peloton en réserve derrière le cimetière, un peloton dans les tranchées de deuxième ligne.
À onze heures, une batterie du 14e d’artillerie ouvre le feu sur la fosse n°4 et les tranchées allemandes à l’est de la voie ferrée. Ce tir ne produisant pas de résultats suffisants, à douze heures quarante-cinq, le lieutenant-colonel du 281e RI fait diriger sur ces tranchées le feu de la pièce de 75 dont il dispose. Cette fois, l’artillerie prend les tranchées d’enfilade et obtient des effets considérables.
L’assaut de la 22e compagnie
L’ordre tombe à treize heures trente : la pièce d’artillerie tirera six projectiles explosifs sur les mêmes tranchées. Aussitôt le sixième projectile explosé, la compagnie d’Adhémar bondira d’un seul élan dans le saillant de la tranchée ennemie.
Au signal convenu, deux sections de la 22e compagnie sortent de leurs tranchées par les passages aménagés et se portent au pas de course, baïonnette au canon, sur l’objectif. Malgré les réseaux de fil de fer, le mouvement s’effectue rapidement, pendant que les unités restées dans les tranchées tiennent sous leur feu les parties voisines des ouvrages ennemis.
Le sergent Malleville, entraînant sa demi-section, saute le premier dans la tranchée où il est mortellement blessé. L’adjudant-chef Margerie et trois soldats sont tués. Le capitaine d’Adhémar, le lieutenant Bonelli et quinze soldats sont blessés pendant l’exécution du mouvement.
Les deux autres sections de la 22e compagnie suivent de près les deux premières, elles-mêmes suivies par la compagnie du 21e RI.
Après avoir pénétré dans les tranchées allemandes, les assaillants se précipitent sur les défenseurs qui ne se sont pas encore enfuis. Dans ces corps à corps rapides, un seul Allemand est fait prisonnier.
L’organisation des positions conquises
La tranchée occupée s’organise immédiatement face à l’ennemi. Les compagnies restées en arrière creusent deux boyaux de communication. Celui situé à l’ouest s’organise en tranchée et se trouve occupé par la 23e compagnie, se reliant au barrage de la 21e compagnie sur la voie ferrée. Les travaux se poursuivent toute la nuit.
2 décembre 1914
La situation se stabilise. Les positions conquises la veille s’organisent défensivement.
3 décembre 1914 — L’extension des gains
Nouvelles attaques dans le centre de résistance ouest
À onze heures vingt-cinq, après une préparation d’artillerie, une demi-section de la 18e compagnie conduite par le sergent Verdelhan se jette dans une maison située à une quarantaine de mètres plus en avant que celle conquise le 1er décembre.
Le mouvement s’effectue d’abord sans perte, mais le boyau d’accès allemand étant peu profond et la maison conquise ayant les murs démolis sur trois côtés, les occupants essuient dans les décombres une violente fusillade. Les pertes sont lourdes : cinq tués et une vingtaine de blessés.
L’ennemi fait un vigoureux effort pour reconquérir ses positions, mais la première section, entièrement engagée et très éprouvée, est maintenue par son chef, le lieutenant Guibal.
À quatorze heures, la tranchée allemande appuyée à la maison à l’est est occupée par la section du sous-lieutenant Matard dans la partie contiguë à la maison. L’ennemi occupant encore le centre de cette tranchée, quatre hommes déterminés commandés par le sergent Cerrac se portent en avant.
Les Allemands se retirent en abandonnant un affût de mitrailleuse et un nombreux matériel.
La tranchée s’aménage rapidement et les occupants se relient au 296e RI qui a occupé l’extrémité opposée.
Dans le centre de résistance est
Les travaux d’aménagement de la tranchée allemande, l’approfondissement et l’élargissement des boyaux se poursuivent pendant toute la journée du 3 décembre. Les hommes creusent sans relâche pour consolider les positions chèrement acquises.
6 décembre 1914 — Le 281e régiment d’infanterie reprend Vermelles
Le lieutenant-colonel du 281e RI effectue une reconnaissance minutieuse de tout le sous-secteur sud, notamment du centre de résistance du château. Ses jumelles révèlent une vérité troublante : les tranchées allemandes paraissent faiblement occupées. Il fait part de cette impression au général commandant la 131e brigade et demande que le 6e bataillon du 296e RI pousse des éléments dans celles de ces tranchées qui se trouvent à l’ouest du château.
Ce mouvement a lieu à la tombée de la nuit. Dans un silence presque irréel après les combats acharnés des jours précédents, la tranchée est occupée sans coup férir.
Le début de soirée paraissant particulièrement calme, à vingt-deux heures, le lieutenant-colonel prescrit au capitaine Pagès d’envoyer une patrouille par le boyau allemand conquis le 3, vers les tranchées allemandes qui bordent les maisons de la rue Halte-Église.
Cette patrouille de volontaires, conduite par l’adjudant Puig de la 17e compagnie, s’avance dans le boyau en démolissant méthodiquement la barricade de sacs de terre qui en barrait l’accès. Les hommes progressent avec prudence, s’attendant à chaque instant à essuyer le feu ennemi.
Mais ils avancent dans une tranchée où ils ne trouvent que des cadavres allemands au nombre de douze environ et un blessé qui est fait prisonnier. La tranchée est vide, abandonnée dans la précipitation du repli nocturne. Deux sections de la 17e compagnie tenues prêtes sont immédiatement lancées et vont occuper les maisons auxquelles la tranchée donne accès.
Vermelles tombe aux mains des Français. Les Allemands ont abandonné leurs positions avancées, se repliant vers de nouvelles lignes plus au nord, laissant derrière eux leurs morts et leurs positions chèrement défendues.

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Source et crédits :
Mémoires des Hommes / Service Historique de la Défense. : Journal de marche du 281e régiment d’infanterie (page 69 pour le 1er décembre)
Disponible sur Gallica / BnF. : Le 281e régiment d’infanterie en campagne

