114e régiment badois à Vermelles — combat du 1er au 3 décembre 1914

Le 114e régiment badois : trois jours de combats acharnés, du 1er au 3 décembre 1914. Face aux assauts répétés du 281e régiment d’infanterie français, les compagnies badoises défendent pied à pied leurs positions autour de la Maison jaune. Le récit vu du côté allemand.

⬅️ À lire également : le même combat vu du côté français — 281e régiment d’infanterie, reprise de Vermelles 1914.

La position du 114e régiment badois à Vermelles

La nouvelle position de Vermelles, qui avançait largement vers le sud-ouest depuis le front allemand, commençait à environ 1200 m au sud de Rutoire et formait un grand arc ouvert vers le sud-est, jusqu’à une distance de Vermelles, pour un total d’environ 4 km de long.

Dans la partie la plus à gauche et au centre, tenue par le 3e bataillon, se trouvait un fossé séparé de l’ennemi par seulement 150 à 400 m.

Dans la partie droite, tenue par le IIIe bataillon, les lignes ennemies se rapprochaient à 30 ou 50 m seulement au sud-ouest de Vermelles.
Cet endroit donnait accès à la route menant vers Hulluch par la chapelle.
Ici, se trouvaient le régiment Leib-Grenadier n° 109, à droite l’infanterie régiment n° 113 près du château de Vermelles.

114e régiment badois — position de mitrailleuse devant Loos 1914
Position de mitrailleuse du 114e régiment badois devant Loos, 1914 — le village qu’Émilienne Moreau habitait sous l’occupation allemande.

Le 3e bataillon vint comme réserve du régiment à Hulluch, pour renforcer la partie la plus mince de la ligne de front — la force de la compagnie n’était que de 80 hommes environ —, et fut remplacé par le 1er peloton (Fischer) du M.G.S.R.

À gauche du 3e bataillon se tenait le 2e peloton (Rinhl) au milieu du IR 114.

Le 3e peloton, en réserve à Hulluch, construisit à partir du 2 novembre, dans le secteur sud de Hulluch, ses propres abris.

La compagnie de flanc utilisait ces caves comme abris pour les patrouilles, et dans la section de gauche commencèrent à apparaître les premières fortifications artificielles pour un groupe.

Novembre — les travaux de tranchées

Avec un travail acharné sur les tranchées et le développement de la ligne depuis Hulluch, au sud, jusqu’à la route, avec la construction d’abris, le mois de novembre passa.

Presque chaque nuit, des patrouilles sortaient vers la route, mais aussi souvent sous le feu des grenades et des mines.

Le 28 novembre, le IIe bataillon quitta sa section et se porta en réserve à Hulluch, sauf la 1re compagnie.

Le 29, la 6e compagnie disponible fut placée en réserve.

Un jour plus tard (30.11), le chef de la 6e compagnie, l’adjudant Oser, fut blessé pour la seconde fois.

Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, la 12e compagnie en réserve, stationnée derrière le IIIe bataillon (dans les maisons des parties intactes de Vermelles), fut transférée à Hulluch, puis à IR 113 au château, dans la partie droite, près de la sucrerie Jaune et de Givenchy, puis jusqu’aux bâtiments de la briqueterie.

Là, la 9e compagnie prit position, suivie par la 10e.

Le matin du 3 décembre, toutes les compagnies du IIe bataillon furent engagées dans la ligne : 5e, 6e, 7e et 8e compagnies.

1er décembre 1914 — L’assaut français sur Vermelles

3 décembre 1914 — À midi et demi, un violent tir d’artillerie et de mines se déclencha sur toute la ligne de front.
Sous une détonation sourde, le château tenu par le GR 113 vola en l’air.

Dans les ruines pénétrèrent les Français.

La 11e compagnie, commandée par le lieutenant de réserve Leffion, occupa immédiatement son véhicule de réserve.

La 12e compagnie, sous la direction du lieutenant de réserve Schulz, alla prêter main-forte au bataillon commandé par le capitaine Horn.

114e régiment badois — soldats derrière une barricade de rue dans Vermelles décembre 1914
Dans Vermelles — soldats du 114e régiment badois derrière une barricade de rue, à 30 mètres des lignes françaises, décembre 1914

L’effort principal de l’attaque ennemie se dirigea contre la Maison jaune avancée, dont l’occupation se composait d’un groupe — environ 10 mètres séparé de la tranchée ennemie, à mi-hauteur entre les lignes, protégé en partie par des mines.

… mitrailleuse mise hors de combat. Les 4 hommes restants opposèrent une résistance acharnée à l’ennemi qui avançait rapidement.

Malheureusement, la démolition n’avait pas encore été ordonnée, de sorte que la Maison jaune, avec sa garnison, ne put être détruite par explosion avant d’être prise par les Français.

La défense de la Maison jaune

L’attaque française se poursuivit contre l’ouvrage de défense et le fossé attenant, bien fermé, dont la garnison — 3 groupes — était morte, blessée ou ensevelie.

Dans cette situation critique, la tranchée fut reprise par les forces de la 11e compagnie, qui parvinrent à repousser l’ennemi tentant d’entrer dans les pièces avant de l’ouvrage de défense.

Les assaillants furent repoussés par un groupe mené par le sous-officier Leiter, qui défendit de manière exemplaire et tenace la position.
Une mitrailleuse de la 3e compagnie de mitrailleuses (Biesfeld-Weibel, lieutenant de réserve) fut immédiatement mise en position et ouvrit le feu, stoppant l’attaque française.

Vague après vague, l’ennemi, soutenu par ses tambours et clairons, se jeta sur les lignes allemandes, mais échoua face à la défense.

114e régiment badois — officiers dans une tranchée devant Vermelles 1914
Devant Vermelles — officiers du 114e régiment badois dans une tranchée avec mitrailleuse, décembre 1914

La percée par la gare de marchandises

Pendant que la 11e compagnie se battait près de la Maison jaune, avec le soutien de la 12e, l’ennemi parvint à pénétrer par la gare de marchandises dans les abords de la 9e compagnie.

En utilisant la voie ferrée et des bottes de paille comme protection, il put avancer couvert.

Le chef de la 9e compagnie, le lieutenant de réserve Wintermantel, ordonna immédiatement la prise de position de la section Est-Ouest près de la voie ferrée.

L’officier adjoint Stadelhofer, avec un groupe de pionniers, se porta au-devant de l’ennemi qui avait pénétré.

À l’aide de sacs de sable, il protégea la position et causa de lourdes pertes à l’adversaire.
Baur, qui combattait sur la gauche, fut grièvement blessé.

La 10e compagnie repoussa encore les attaques ennemies qui s’étaient infiltrées, empêchant toute progression.

Après 4 heures de combat intense, l’attaque s’épuisa, les vagues d’assaut se retirant vers l’arrière.

L’ordre de contre-attaque nocturne

À la tombée de la nuit, en présence du commandant de brigade, général-major von Trotta, et du commandant de régiment, un ordre fut donné de reprendre immédiatement les positions perdues à Vermelles.

Le I/114, avec 1 section de la 3e compagnie et en liaison avec la 9e compagnie près de la gare, puis la 2e compagnie, s’avancèrent à gauche vers la 10e compagnie, suivis de la 5e.

L’attaque de nuit progressa par bonds et provoqua des pertes, particulièrement pour la 5e compagnie, qui eut de lourdes pertes (morts et blessés) et subit des contre-attaques ennemies.

Le feu se poursuivit toute la nuit, avec des assauts ponctuels.

À l’aube, des travaux d’amélioration des tranchées, de renforcement de l’ouvrage de défense et des barricades furent entrepris sur toute la ligne.

3 décembre 1914 — L’assaut final

L’usure força les Français, le 2 décembre, à renoncer à de plus grandes attaques.

Le bombardement aux grenades, mines et grenades à main se poursuivit cependant, annonçant d’autres combats violents, qui commencèrent le 3 décembre dès 3 heures du matin par un tir d’artillerie particulièrement intense.

Vague après vague, l’ennemi se rua, mais trouva les lignes allemandes toujours plus minces encore debout.

Exemples particuliers de bravoure dans cette défense : le sous-officier porte-drapeau Ehmardt et le sous-officier Ambruster.
Parmi les nombreux morts figura aussi le chef de la 12e compagnie, lieutenant de réserve Schulz.

En fin de matinée, une attaque française se produisit.

Dans l’après-midi, l’ennemi augmenta encore la pression pour tenter une percée. Avec une intensité toujours croissante, l’effort de rupture se fit sentir sur les deux côtés des lignes.

Les lignes de défense, de plus en plus clairsemées, durent finalement être renforcées à 16 heures par 1 section de la 6e compagnie et la 8e compagnie. De même, la 8e compagnie fut envoyée, mais subit dans l’enfer de la Maison jaune, avec 27 morts et de nombreux blessés, la mise hors de combat de la plus grande partie de son effectif.

Le commandant de compagnie, lieutenant de réserve Hartmann, fut grièvement blessé, de même que le chef de la 12e compagnie, lieutenant de réserve Leffion.

Les trois derniers bâtiments au sud-ouest, et quelques maisons plus au nord, furent pris et occupés par les Français.

Peu à peu, les combats diminuèrent.

Le 114e régiment badois abandonne Vermelles

Le 5 décembre au soir, la brigade décida d’abandonner la position avancée de Vermelles et d’occuper une nouvelle position plus proche de Loos — au sud de La Rutoire.

Face à un ennemi supérieur, la ligne de front se replia, après retrait des troupes de nuit, le 5/6 décembre, vers cette nouvelle position.

La ligne fut tenue jusqu’à 16 h 45 par le régiment Leib-Grenadier 109, avec les 1re, 2e et 7e compagnies.

Nos propres unités détruisirent leurs installations et rejoignirent la nouvelle ligne, le reste du régiment se rendant à Vendin-le-Vieil comme réserve d’artillerie.

Ainsi se termina ce combat acharné pour Vermelles, qui coûta au régiment 98 morts, 164 blessés et 9 disparus.

Ces pertes restent un titre de gloire du régiment, particulièrement pour le IIIe bataillon, sous le commandement du capitaine Horn, ainsi que pour les 2e et 5e compagnies, qui subirent de lourdes pertes.

Ce ne fut pas la volonté de tenir coûte que coûte, mais la conscience qu’une telle position avancée ne pouvait être maintenue sans pertes inutiles qui amena l’ordre d’abandon.

Le bref rapport de l’état-major supérieur dit :
« Cette nuit, le village de Vermelles, au sud-ouest de Béthune, dont la poursuite de la défense aurait exigé encore de lourds sacrifices face à l’artillerie ennemie, a été évacué conformément au plan. »

L’état-major exprima une reconnaissance particulière pour la défense.

Vers la crête de Lorette — décembre 1914

… Bataillon d’Anzin-St.-Aubin, avec les 5e et 6e compagnies, restèrent en réserve à la fosse d’Angres.

Le 22 décembre, le bataillon rejoignit l’IR 111 ; ici, les 5e et 6e compagnies furent placées sur la Lorettehöhe (crête de Lorette).

La 8e compagnie occupa une position dans la « Schlammuhle » (moulin à boue), la 7e compagnie servit de réserve à Souchez.

Dans cette position, le bataillon se trouvait lors de la bataille de Neujahrsschlacht (bataille du Nouvel An) dans l’épicentre des combats.

Des tranchées pleines à ras bord, parfois encore marquées par les traces des combats précédents, obligeaient à un travail constant, de jour comme de nuit, pour évacuer l’eau et la boue.

Les abris et même les préparations de tir dans cette cuvette boueuse étaient à peine praticables.

On vivait dans une activité de combat permanente, avec grenades à main et mines, coûtant chaque jour des victimes.

C’est ainsi que le retrait de cette position, avec de lourdes pertes le 27 décembre, puis le cantonnement du bataillon à Souchez le 28 décembre, fut accueilli avec soulagement.

Les trois jours suivants (29/12 à Liévin, 30 & 31/12 et 1/1/15 à Angres) furent consacrés à l’aménagement de la 2e position devant Angres.

Le 2 janvier, le bataillon rejoignit le régiment à Anzin.

Ainsi, au début de l’année 1915, le régiment se trouvait dans sa position de Lorette, prêt, dans les combats à venir, à remplir son devoir dans la défense de la patrie et à tenir son secteur.

Partout où, dans l’année 1914, le commandement supérieur avait placé le régiment, celui-ci avait accompli sa mission avec toutes ses forces et souvent au prix de lourdes pertes, renforçant ainsi l’honneur militaire et la renommée guerrière de son drapeau.

Avec confiance, le régiment et son commandement abordaient la nouvelle année.

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Source et crédits :

6. Badisches Infanterie-Regiment Kaiser Friedrich III. Nr. 114, journal de marche, combat de Vermelles, 1er–3 décembre 1914. Traduit de l’allemand. Original disponible à la Bayerische Staatsbibliothek.

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