Le 109e régiment badois arrive dans le bassin minier du Nord le 7 octobre 1914. En quelques jours, il prend Vermelles, s’installe sur les hauteurs et creuse les premières tranchées face aux lignes françaises. Ce journal de marche raconte cette transition de la guerre de mouvement à la guerre de positions, vue du côté allemand.
L’arrivée dans les terres minières (4-8 octobre 1914)
Par un magnifique jour d’automne, le 109e régiment badois quitte Metz le 4 octobre 1914. Les trois bataillons s’ébranlent à deux heures d’intervalle, traversant l’Alsace paisible où résonnent encore les cloches dominicales, puis le Luxembourg assiégé et la Belgique industrielle. Après quarante-huit heures de voyage, ils atteignent Saint-Ghislain à la frontière belgo-française.
Le 7 octobre, le régiment pénètre dans cette région particulière du Nord de la France où les fosses et leurs chevalets pyramidaux, les hautes cheminées et les longues rues uniformes des cités ouvrières donnent au paysage son caractère industriel. Ces installations minières offrent à l’ennemi de précieux avantages défensifs : leurs haldes et amas de briques forment de solides positions, les rails et tours de transport servent d’abris, tandis que les puits et galeries souterraines abritent les réserves.
Les premiers combats dans l’Artois (8-12 octobre)
Le 8 octobre, la mission du 109e régiment badois s’inscrit dans l’offensive du XIVe Corps d’armée : exercer une pression contre l’aile gauche française et conquérir les hauteurs près de Souchez. Le IIe Bataillon, privé de sa 6e compagnie, reçoit l’ordre d’attaquer Bauvin pour sécuriser les passages sur le canal de la Haute-Deûle. Dans la nuit du 9 au 10 octobre, les trois quarts du IIe Bataillon mènent un combat nocturne particulièrement violent près d’Hulluch contre la Fosse 13 de Lens.
L’obscurité complète enveloppe l’attaque lorsque les compagnies se déploient : la 8e à droite, la 7e à gauche du chemin vers la fosse, la 5e d’abord en deuxième ligne puis également en première ligne. Les tireurs progressent par bonds sur environ 600 mètres à travers les rigoles de betteraves, sous un feu d’infanterie violent. Le Lieutenant Graf Deublfing de la 7e compagnie tombe dès le début de l’attaque, malgré les avertissements pressants. Au petit matin, l’ennemi a de nouveau disparu.
Le 11 octobre marque la première véritable attaque sur Vermelles. La Brigade Freyer avance à 11 heures contre la station ferroviaire, le 3/4 du IIe Bataillon formant la première ligne au flanc droit, au nord de la route vers Vermelles. La 5e compagnie, menée par le Lieutenant von der 9e R. Ofsfeld avec environ 40 grenadiers, parvient à atteindre l’entrée orientale de Vermelles où Ofsfeld est blessé. Malgré la ténacité extrême de l’ennemi qui tient les carrefours de maisons, les positions conquises sont maintenues.

La prise de Vermelles et l’installation défensive (12 octobre)
Le 12 octobre 1914 constitue la journée décisive. L’assaut général commence à 6 heures du matin. Le 3/4 du IIe Bataillon tente d’encercler Vermelles par le nord et atteint d’abord un fossé situé à 1100 mètres au nord-est du village. Vermelles tombe finalement aux mains des Allemands après un combat opiniâtre, mais l’ennemi se retire sur une position préparée environ un kilomètre plus à l’ouest.
L’organisation défensive de Vermelles révèle rapidement sa complexité tactique. Le village forme un saillant occidental de la position allemande, exposé aux bombardements convergents depuis trois directions : du nord depuis Annequin, de l’ouest depuis Noyelles, et particulièrement du sud depuis Mazingarbe et Halte. On peut facilement reconnaître l’origine des grenades ennemies : les batteries françaises tirent leurs quatre coups en salve assez simultanément, tandis que retentit le salut d’artillerie anglais.
Combats défensifs et transition vers la guerre de positions (13 octobre – novembre)
Dès le 13 octobre, Vermelles subit un bombardement français intense qui transforme le village en brasier. Les attaques d’infanterie se succèdent contre les positions allemandes. Le 15 octobre, l’ennemi lance un assaut général depuis les groupes de maisons et le cimetière sud de Vermelles. Le sous-officier Brömmer de la 4e compagnie, qui tient la garde à la tour de mine avec environ deux groupes, laisse l’ennemi s’approcher à environ 100 mètres sans tirer un coup. Ce n’est qu’alors qu’il ouvre avec ses 20 hommes un feu rapide et bref : aucun de ses attaquants ne peut s’échapper.
Les pertes s’accumulent dangereusement. Depuis la prise de Vermelles, chaque bataillon compte en moyenne 2 à 3 morts et trois fois plus de blessés par jour. La force de combat s’affaiblit au point que les compagnies de première ligne ne disposent plus que d’environ 80 hommes chacune. Le 24 octobre, un renfort de 740 hommes arrive, composé principalement de volontaires de guerre inexpérimentés.
L’évolution des positions selon les journaux de guerre (novembre 1914 – janvier 1915)
Les tableaux de mouvement des bataillons révèlent l’évolution progressive de l’organisation défensive. À partir du 12 octobre, les positions se stabilisent autour de Vermelles, avec des rotations régulières entre les secteurs de Lens, Hulluch, Vermelles et Le Rutoire.
Le IIIe Bataillon connaît une mobilité particulière : ses 9e et 12e compagnies opèrent près du Rutoire dès la mi-octobre, tandis que les autres compagnies alternent entre Hulluch et les positions avancées. En décembre, une partie du bataillon est déployée vers Souchez et Ablain, secteurs particulièrement disputés.
Une note du journal de guerre apporte un éclairage précieux sur la réalité de la guerre de tranchées naissante : « Du 3 au 7 décembre, les 3e compagnies de bataillon du régiment ont dû creuser des tranchées la nuit près de Vermelles et étaient logées de jour à Hulluch. » Cette organisation révèle l’adaptation tactique : travail de fortification nocturne pour éviter les tirs d’observation, repos diurne à l’abri.
Le 109e régiment badois s’installe pour l’hiver (décembre 1914 – janvier 1915)
L’hiver 1914-1915 voit la consolidation définitive des positions. Les bataillons s’installent dans un système défensif complexe : deux compagnies en position, deux en cantonnement, avec des rotations organisées. Loos devient un secteur régulièrement tenu, avec la Cité Saint-Pierre comme point d’appui. Le front s’étend de Lens à Souchez, englobant tous les villages disputés depuis octobre.
L’ennemi s’approche graduellement des positions allemandes par sapes et boyaux parallèles, réduisant parfois la distance à 200-300 mètres.
La route Hulluch-Vermelles devient particulièrement dangereuse, battue par un canon-révolver ennemi installé dans une sape. Cette évolution tactique nécessite la construction d’abris souterrains élaborés sous la direction du Lieutenant d.R. Ostendorf, architecte de formation, qui utilise les galeries minières existantes pour créer un système défensif souterrain.
Ainsi, le régiment badois passe d’une guerre de mouvement à une guerre de positions qui caractérisera désormais le front occidental. Les combats d’octobre 1914 autour de Vermelles marquent cette transition historique, où l’élan offensif se brise contre la réalité industrielle du bassin minier transformé en forteresse.
Note de l’éditeur : Le 109e régiment badois tient ce secteur face aux lignes françaises jusqu’en janvier 1915. C’est ce même 109e régiment badois qu’Émilienne Moreau aperçoit depuis son grenier lors du combat de cavalerie du 5 octobre 1914 — épisode IV de ses mémoires.
⬇️ À lire également :
Les mémoires d’Émilienne Moreau — ce que voyait une habitante de Loos pendant ces mêmes combats
Le même secteur vu début décembre 1914 par des Français : 281e régiment infanterie — reprise de Vermelles 1914, 1er-6 décembre
Source et crédits :
Deutsche Digitale Bibliothek (Bibliothèque Numérique Allemande) et collection de la Bayerische Staatsbibliothek (Bibliothèque d’État de Bavière) Badische Leib-Grenadier-Regiment Nr 109, journal de marche, secteur Vermelles-Loos, octobre 1914 – janvier 1915.

