Le 3e zouaves 1914-1918 et le clergé

Le 3e zouaves 1914-1918 — de son nom complet, le 3e régiment de marche de zouaves — s’est formé en août 1914 au camp de Sathonay, à partir de bataillons venus d’Algérie, et a fait toute la guerre au sein de la 37e division d’infanterie, la division algérienne. En cinq ans, il est passé par la Belgique, la Marne, le Soissonnais, la Champagne, quatre séjours devant Verdun, l’offensive du 16 avril 1917, puis les grandes attaques de l’été et de l’automne 1918, jusqu’à l’armistice, rencontré en Belgique, à quelques kilomètres de Chimay. Il en est sorti avec six citations à l’ordre de l’armée, la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur et la Médaille militaire attachée à son drapeau.

La formation et le premier deuil (août 1914)

Le régiment s’est constitué à Sathonay le 9 août 1914, autour de deux bataillons d’active et d’un bataillon de réserve, sous les ordres du lieutenant-colonel Le Bouhélec. Il devait former, avec le 3e tirailleurs, la 74e brigade (colonel Taupin) de la 37e division (général Comby).

Ses premières pertes sont tombées avant même qu’il ait vu le front. Au petit matin, dans la rade de Philippeville où stationnait le bataillon parti de Constantine, un croiseur allemand a ouvert le feu sur la ville sans défense. Un obus a atteint le hangar où logeait la 4e compagnie ; l’incendie s’est propagé aux munitions entreposées. Une dizaine de zouaves ont été tués, une vingtaine blessés. À peine la guerre déclarée, et à plus de deux mille kilomètres de la frontière, le régiment comptait déjà ses morts. Embarqué à Marseille, il a gagné la région de concentration début août.

La Belgique et Charleroi (août 1914)

Entré en Belgique le 17 août, accueilli en libérateur par les habitants, le régiment est monté vers la Sambre au moment où s’engageait la bataille de Charleroi. Le 22 août, en marche vers Mettet, sa colonne a été surprise à Vitrival par des mitrailleuses et de l’artillerie ; les pertes ont été sensibles. Le lendemain, autour d’Oret et de Wagnée, un détachement laissé en couverture a tenu tête à un feu très supérieur : les capitaines Garnier et Lucas y sont tombés, tous les officiers du groupe hors de combat, mais la position a été maintenue.

Le 24 août, l’ordre général de repli étant donné, le régiment devait décrocher à 7 h 30 ; dès 4 heures, la garde prussienne l’a attaqué en force. Il a résisté jusqu’à l’heure fixée et n’a quitté ses positions qu’à ce moment, après avoir perdu 17 officiers et plus de 900 zouaves tués, blessés ou disparus. Le colonel Taupin, commandant la brigade, a été mortellement frappé dans les rangs de l’arrière-garde.

La retraite et la Marne (fin août – septembre 1914)

A suivi la longue retraite vers le sud, de nuit et de jour, au milieu de l’exode des populations. Le 29 août, à Guise, la 74e brigade a repris l’offensive : l’attaque du bois de Bertaignemont, menée avec le 3e tirailleurs, a repoussé l’adversaire de plusieurs kilomètres au nord de Courjumelle, avant que l’ordre de rompre le combat ne relance le repli. Le régiment a alors servi d’arrière-garde, couvrant successivement les passages de l’Ourcq, de la Marne et du Petit Morin, puis, du 31 août au 1er septembre, il a rempli une mission de flanc-garde à Pont-Rouge, sur la route de Laon à Soissons, avant de franchir l’Aisne à Sermoise.

Le 5 septembre, la division a reçu le contre-ordre de Joffre : « On ne recule plus. » Passée d’abord en réserve, elle a talonné les premières lignes, traversé Courgivaux encore en flammes, et le 8 septembre elle a mené l’attaque au sud du Petit Morin ; Montmirail et Marchais ont été dégagés. La poursuite s’amorçait quand une nouvelle mission a détourné la division vers le nord.

Le Soissonnais : Caisnes et le drapeau du 85e bavarois (septembre 1914)

Engagé à partir du 15 septembre vers Carlepont et Caisnes, le régiment a atteint les hauteurs dominant le village, mais la chute de Maubeuge a libéré des forces allemandes qui, débouchant sur ses arrières, ont isolé toute la 37e division. Dans la nuit du 17 au 18, par une marche silencieuse à travers bois — les roues des voitures entourées de paille —, la division s’est dégagée par un étroit couloir, tandis que la brigade marocaine, lancée à l’arme blanche, reprenait Carlepont et tenait le passage ouvert.

Le lendemain, une revanche : au petit jour, une patrouille a découvert, sous un amas de corps, le drapeau du 85e régiment d’infanterie bavarois, que le zouave Laroche a arraché des mains de l’officier qui le tenait. Cette prise a valu au régiment une citation à l’ordre de l’armée. Les combats se sont poursuivis autour du bois Saint-Mard et de Tracy-le-Val, où deux compagnies conduites par le lieutenant Chaix de Lavarène se sont sacrifiées pour couvrir le repli du gros. Puis le front s’est figé.

De novembre 1914 à juin 1915, la vie de tranchée a pris le régiment : veilles aux créneaux, réfection incessante des abris minés par l’eau, guerre de mines, coups de main. Chaque jour, de nouvelles tombes se creusaient au cimetière de Tracy. C’est là que le sergent Raginel, coutumier des sorties solitaires, a été mortellement atteint un jour qu’il tenait tête, seul, à un fort détachement adverse, avant de parvenir à regagner les lignes.

Quennevières (6 juin 1915)

Au printemps 1915, pour soulager le front d’Artois, une attaque a été décidée sur le plateau de Quennevières ; le 5e bataillon (commandant Charlet) y a été désigné. Le 6 juin, après une préparation d’artillerie qui a bouleversé les lignes ennemies, le bataillon est sorti en rampant avant l’heure, a franchi d’un élan les trois premières tranchées et enlevé une batterie avant qu’elle ait pu tirer. C’est là qu’est tombé le sous-lieutenant Courtois, entraînant ses hommes, aux côtés du père Édouard, aumônier du bataillon, qui, malgré ses cinquante-six ans, marchait en tête, la chéchia sur la tête et son crucifix à la main.

L’affaire a coûté soixante tués et deux cents blessés ; le 5e bataillon a été cité à l’ordre de l’armée. Le régiment a ensuite tenu le secteur conquis, un saillant exposé où la chaleur, les cadavres qu’on ne pouvait enterrer et la dysenterie ont rendu l’été particulièrement éprouvant.

Zouaves du 3e zouaves 1914-1918 dans une tranchée allemande conquise près de la ferme de Quennevières, juin 1915.
Cette planche de l’album photographique (clichés M. Perraudin) montre une tranchée allemande conquise près de la ferme de Quennevières, puis aménagée par les zouaves : les hommes s’y sont installés, l’un d’eux en vigie au créneau. Les mentions manuscrites la datent du 7 juin 1915, au lendemain de l’attaque menée par le 5e bataillon le 6 juin.
Photographie : collection Valois, La Contemporaine — L’Argonnaute, cote VAL 253/028b.

La Champagne (25 septembre 1915)

Transporté en Champagne au mois d’août, le régiment a préparé l’offensive par de longs travaux d’approche nocturnes, poussant ses parallèles de départ jusqu’à moins de deux cents mètres des lignes allemandes. Le 25 septembre, à 9 h 15, quatre bataillons ont donné l’assaut, l’objectif étant le bois Raquette. À droite, les vagues ont crevé les trois lignes ennemies ; à gauche, arrêtées par des réseaux mal détruits, elles ont subi des pertes très lourdes — le capitaine Reverzy et tous les officiers de son bataillon tués, les hommes un instant privés de chefs, ralliés par le médecin-major Noël Martin.

Le lieutenant-colonel Louis, parti en tenue de parade à la suite de son drapeau, est tombé frappé à mort. La garde du drapeau a été anéantie, l’emblème abattu et relevé plus de vingt fois, porté de main en main jusque dans les lignes allemandes, avant d’être finalement recueilli par un tirailleur et remis au général Degot.

Autour du fortin conquis sont tombés le commandant Charlet et le père Édouard. À la fin de la journée, le régiment ne comptait plus que trois cent cinquante combattants valides et sept officiers. Le bilan de ces journées : le colonel et deux chefs de bataillon tués, le troisième blessé, quarante officiers et plus de mille huit cents hommes hors de combat. Le général Gouraud a cité le régiment à l’ordre de la IVe armée :

« Sous les ordres du lieutenant-colonel Louis, le 25 septembre 1915, s’est rué à l’assaut des positions allemandes avec un élan et un enthousiasme qui confinent au sublime. Bien que pris de tous côtés par un feu formidable d’artillerie et d’infanterie, s’est enfoncé comme un coin dans les lignes ennemies qu’il a crevées sur une profondeur de plus de deux kilomètres ; s’est emparé de 11 pièces d’artillerie et de 9 mitrailleuses ; a fait 400 prisonniers et ne s’est arrêté, bien qu’ayant perdu son chef et presque tous ses cadres, que lorsqu’il a été à bout de souffle.

Dans toutes les circonstances où il a été engagé depuis le début de la campagne, s’est montré à la hauteur des vieux régiments de zouaves. En Champagne, il les a dépassés. Déjà, le 19 septembre 1914, il avait pris un drapeau à l’ennemi. » — Général Gouraud, ordre de la IVe armée.

Le régiment a ensuite été envoyé au repos dans la région de Dunkerque, le premier repos prolongé depuis son entrée en campagne.

Verdun, première défense (février 1916)

Appelé devant Verdun au déclenchement de l’offensive allemande, le régiment a été porté fin février sur la Côte du Poivre, au-dessus de Louvemont. Le 25 février, après trente heures de bombardement d’une violence inédite, l’ennemi a lancé ses assauts contre la crête ; deux fois repoussé, il a renoncé. Le régiment a tenu tout le jour ses positions avant de recevoir, le soir, un ordre de repli qu’il a d’abord cru erroné. Le général commandant le 30e corps a rendu hommage à cette journée :

« Le 3e zouaves a écrit ce jour-là la plus belle page de son histoire. S’il ne s’était trouvé là pour arrêter l’ennemi, la ligne française était enfoncée et Verdun était pris. »

Verdun, le secteur d’Avocourt, puis Fleury (avril – juillet 1916)

D’avril à juin, le régiment a gardé le secteur d’Avocourt, alternant dix jours en ligne et dix jours en réserve, dans la boue et sous un bombardement continu. Rappelé à Verdun en juillet, alors que Fleury et Thiaumont venaient de tomber, il est monté en ligne le 14 juillet au soir. Le 15, à 7 h 55, il a attaqué en terrain découvert, dominé de toutes parts par les mitrailleuses. L’avance a été enrayée aussitôt. Le commandant Torlotting y a été blessé à mort ; le capitaine Bouquet, engagé comme simple zouave à cinquante-trois ans en même temps que ses deux fils, a été tué entre eux.

Le 18, une nouvelle tentative du 11e bataillon, vouée d’avance à l’échec, a été menée derrière le lieutenant Proffit. Épuisée, la division a laissé à d’autres troupes le soin de poursuivre : à Verdun, le mois de juillet 1916 marquait la fin de la période défensive.

Verdun, l’attaque de Bezonvaux (décembre 1916)

Après un intermède calme en Lorraine, à Pont-à-Mousson, la division est revenue devant Verdun. En novembre, le régiment a tenu, du 12 au 24, le secteur bouleversé de Douaumont, les hommes plongés jusqu’au ventre dans la boue des glacis, le ravitaillement presque illusoire. Puis il a préparé minutieusement une attaque d’ensemble.

Dans la nuit qui a précédé, le régiment a appris que le colonel de Gouvello, son ancien chef de bataillon devenu commandant de la brigade, venait d’être tué à son poste. Le 15 décembre, à 10 heures, l’attaque s’est élancée sur un terrain à peine praticable, beaucoup d’hommes n’ayant plus qu’une baïonnette et une grenade, les fusils rendus inutilisables par la boue. Le commandant Bourquard est tombé dès le début ; le capitaine Gelez a repris la marche. Le jeune Boussinet, de la classe 1916 et qui voyait le feu pour la première fois, a débloqué la progression en s’élançant seul sur les mitrailleuses.

Plus loin, le sous-lieutenant Goujon a enlevé un ouvrage fortifié avant d’être mortellement atteint ; le sergent Jacob, à la tête d’une soixantaine d’hommes, a pris la tranchée finale et fait tenir ce message à son chef de bataillon :

« Nous sommes une soixantaine de zouaves écrasés par les obus français et allemands, mais nous ne voulons pas nous en aller. Envoyez du secours et faites taire les canons français. »

L’objectif, à trois kilomètres du point de départ, a été atteint. Le régiment a été cité à l’ordre de la IIe armée. En 1916, il avait eu plus de trois mille trois cents hommes hors de combat devant Verdun, mais le nom de la ville s’inscrivait désormais sur son drapeau.

Reims et l’attaque du 16 avril 1917

Au début de 1917, le général Nivelle a épinglé la troisième palme à la croix de guerre du drapeau, et la fourragère a été remise au régiment. Envoyé devant Reims, il a tenu le secteur de Bétheny, puis a gagné les bords du canal de l’Aisne, vers La Neuville, pour préparer la grande offensive.

Le 16 avril, à 6 heures, les zouaves ont franchi le parapet. La sortie a été nette, mais courte : de toutes les lignes allemandes, les mitrailleuses ont ouvert le feu. Presque tous les officiers sont tombés. Les rares éléments parvenus près de l’ennemi ont buté sur un réseau intact et se sont battus depuis les trous d’obus jusqu’à la dernière cartouche.

Une seconde tentative, à 11 heures, a été paralysée dès son départ. À la nuit, les survivants ont rampé vers les lignes de départ. L’attaque a coûté une centaine de tués identifiés, deux cents disparus et quatre cents blessés. Le régiment a encore dû revenir en ligne pour soutenir un corps russe attaqué au Mont Spin, avant d’être relevé, épuisé, dans la nuit du 20 au 21 avril. Le commandant Mondielli a alors pris définitivement le commandement du régiment.

Lorraine et retour à Verdun (mai – décembre 1917)

3e zouaves 1914-1918 : planche photographique légendée : fusiliers mitrailleurs à Réméréville, 23 juillet 1917.
Cette planche de l’album photographique porte, de la main de l’opérateur, la mention « Réméréville » et la date « 23-7-17 », ainsi que la légende « Au premier plan, fusiliers mitrailleurs du 3e zouaves ». Elle situe le régiment en Lorraine à l’été 1917, au moment où il tenait le secteur de Bauzemont et cantonnait dans les régions de Toul et de Lunéville.
Photographie : collection Valois, La Contemporaine — L’Argonnaute, cote VAL 147/027.

Le régiment a passé l’été 1917 au repos en Lorraine, dans les régions de Toul et de Lunéville, où sa troupe théâtrale, animée par des zouaves et un chef musicien du régiment, a pris son essor. En septembre, à Souilly, il a reçu la visite du roi d’Italie, qui a honoré son drapeau d’une deuxième médaille de la Valeur militaire italienne.

Du 13 octobre au 5 novembre, il a tenu de nouveau, devant Verdun, le secteur de Bezonvaux-Vaux, qu’il avait conquis un an plus tôt et où plusieurs de ses bataillons ont été cités. Puis, à la fin de novembre, il a repris à l’ennemi le ravin d’Anglemont, au pied de la cote 344 : le 25, à 12 h 20, dans un corps à corps mené jusque dans les abris, il a fait trois cents prisonniers et pris vingt-quatre mitrailleuses. Ce succès, payé de quatre-vingts tués et quatre cents blessés ou évacués — auxquels s’ajoutaient de nombreuses gelures —, a valu une nouvelle citation à l’ordre de la IIe armée. C’était le septième séjour du régiment devant Verdun.

La Picardie et la bataille du Santerre (avril – août 1918)

Au printemps 1918, la ruée allemande ayant repris en Picardie, le régiment y a été porté le 10 avril. Devant Cachy et le bois d’Hangard, en soutien de la division marocaine, il a créé de toutes pièces une ligne solide sous le feu et les obus toxiques, jusqu’à décourager l’adversaire de toute attaque.

Le 8 août, il est passé à l’offensive. À 5 h 5, protégées par le brouillard et la fumée, ses vagues ont surpris l’ennemi ; Moreuil et Le Plessier sont tombés dans la journée, les lignes portées à huit kilomètres du départ. Les 9 et 10 août, la poursuite s’est déployée en rase campagne, l’artillerie manœuvrant à découvert derrière l’infanterie. Devançant de deux heures l’horaire prévu, le régiment a poussé sans arrêt jusqu’à Saulchoy, franchi l’Avre à Guerbigny et atteint Marquivilliers, après une avance de vingt-deux kilomètres. Le général Debeney l’a cité à l’ordre de la Ire armée :

« Sous les ordres du lieutenant-colonel Mondielli, par des manœuvres menées avec autant de fougue que d’habileté, a brisé toutes les résistances de l’ennemi dans les journées des 8, 9 et 10 août 1918, réalisant une progression de 22 kilomètres, enlevant de haute lutte plusieurs batteries dont les servants sont tués sur leurs pièces, n’hésitant pas à sortir de sa zone pour aider la progression des troupes voisines, montrant ainsi les plus belles qualités de camaraderie et d’enthousiasme communicatif.

A pris au cours de ces belles journées 53 canons, dont 8 de 210, 6 minenwerfer, plus de 50 mitrailleuses et près de 1 000 prisonniers, parmi lesquels un commandant de régiment avec tout son état-major. » — Général Debeney, ordre de la Ire armée.

Noyon, le Mont Saint-Siméon et la poursuite (août – septembre 1918)

Fin août, le régiment a attaqué devant Noyon. Le 28, il a enlevé le Mont Renaud et Pont-l’Évêque ;

Croquis du JMO du 3e zouaves 1914-1918 : situation devant Noyon en fin de journée du 28 août 1918.
Ce croquis, joint au Journal des marches et opérations (JMO) du 3e régiment de marche de zouaves, porte la mention manuscrite « Situation en fin de journée, à la date du 28 ». Il figure le terrain conquis le 28 août 1918 devant Noyon : le Mont-Renaud, Pont-l’Évêque et l’usine à gaz, ces points d’appui que le régiment a enlevés ce jour-là avant de border les faubourgs sud-est de la ville.
Source : Mémoire des Hommes Journal des marches et opérations du 3e régiment de marche de zouaves (image 68).

le 29, au terme de combats de rue très durs, la ville de Noyon est tombée. Le 30, il a donné l’assaut au piton boisé du Mont Saint-Siméon. C’est là que l’adjudant Laffont, parti sous bois avec quelques hommes, a poussé une reconnaissance d’une audace peu commune : surprenant un poste de mitrailleurs, puis un officier accouru au bruit, il l’a désarmé au revolver et lui a fait ordonner la reddition de sa compagnie. En moins d’une demi-heure, une trentaine de mitrailleuses et cent vingt prisonniers avaient été capturés par cette poignée d’hommes, dégageant l’aile gauche du dispositif.

Puis a commencé la poursuite. Malgré les mines à retardement — l’une a fait sauter le poste de commandement du chef de corps, tuant son capitaine adjoint —, le régiment a talonné l’ennemi : Chauny le 6 septembre, le canal de Saint-Quentin franchi de vive force le 7, Tergnier atteint, jusqu’aux portes de La Fère. Le général Humbert l’a cité à l’ordre de la 3e armée pour cette période offensive.

La Victoire et l’armistice (26 octobre – 11 novembre 1918)

Fin octobre, le régiment a repris sa marche vers le nord-est. Après avoir réduit la position du Hérie-la-Viéville, il a progressé rapidement à partir du 5 novembre, retrouvant des villages intacts et des populations libérées. À Puisieux, les habitants, amaigris par les privations, ont accouru au-devant de la troupe ; une jeune fille de la Demi-Lieue, ayant reconnu pour les zouaves les emplacements de mitrailleuses ennemies, a été décorée de la croix de guerre sur place.

Le 9 novembre, le régiment a franchi la frontière belge ; le 10, il a combattu devant Seloignes. Le 11 au matin, il capturait encore une mitrailleuse en action, puis s’est arrêté à 11 heures, à quelques kilomètres de Chimay. Ces derniers combats lui ont valu une sixième citation à l’ordre de l’armée, celle qui lui conférait la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur. Les fleurs offertes par la population de Seloignes ont été déposées sur les tombes des dernières victimes de la campagne.

Le 3e zouaves 1914-1918 : les honneurs du drapeau

De la Sambre à la Belgique, le régiment avait obtenu six citations à l’ordre de l’armée. Sa fourragère, d’abord acquise aux couleurs de la Médaille militaire, est passée à celles de la Légion d’honneur : le 22 mars 1919, sur les plateaux du Taunus recouverts de neige, le général Mangin l’a épinglée au drapeau. Le 13 juillet 1919, place de l’Hôtel-de-Ville à Paris, le président de la République a remis au drapeau la Médaille militaire, à côté de la croix de la Légion d’honneur, de la croix de guerre à six palmes et des deux médailles de la Valeur militaire italienne. Le lendemain, le drapeau défilait sous l’Arc de triomphe. Le décret d’attribution résume à lui seul l’histoire du régiment :

« La Médaille militaire est conférée au drapeau du 3e régiment de marche de zouaves : régiment d’élite qui a surpassé au cours de la campagne les plus glorieuses traditions d’une histoire qui lui avait déjà valu la croix de la Légion d’honneur et la Valeur militaire italienne.

Jeté dans la bataille le 23 août 1914 sur la Sambre, il a fait énergiquement tête à l’ennemi, le 23 à Mettet et à Wagnée, le 29 à Guise. Les 15, 16 et 17 septembre, après la brillante défense des bois de Cuts et de Caisnes, il marqua à Tracy-le-Val et au bois Saint-Mard le terme définitif de l’offensive des armées allemandes sur la route de Noyon à Paris, et s’empara, le 19, du drapeau allemand du 85e R. I. bavarois.

Le 25 septembre 1915, il prend part à la bataille de Champagne dans un élan magnifique au cours duquel son propre drapeau tombe et est relevé plus de vingt fois. Il attache ensuite son nom, pendant deux années consécutives, à l’héroïque défense de Verdun. Les 23, 24, 25 février à Louvemont et à la Cote du Poivre, d’avril à juillet au bois d’Avocourt, il contient l’ennemi. Le 25 juillet, il engage devant Fleury la contre-offensive qui se poursuivit ensuite sans arrêt jusqu’au 15 décembre 1916, date à laquelle il rejette définitivement l’ennemi dans la Woëvre et au-delà de Bezonvaux.

Porté devant Amiens en avril 1918, il tient tête à l’ennemi, reprenant le terrain pied à pied pendant trois mois. Enfin, les 8, 9 et 10 août, bousculant l’ennemi dans une course ardente de 20 kilomètres, il ouvre la route de Roye ; amené sur la Divette, il s’empare de Noyon, Chauny, Tergnier, déployant dans une poursuite acharnée ses brillantes qualités d’endurance et de ténacité. »

Les ecclésiastiques du 3e zouaves recensés au Mémorial

Parmi les hommes passés par les rangs du 3e zouaves figurent des prêtres, des religieux et des séminaristes recensés au Livre d’or du Clergé et des Congrégations. Réunis ici autour de leur régiment, leurs parcours individuels se rejoignent dans cet itinéraire commun, de la Belgique à la frontière allemande.

7 fiches publiées à ce jour. La liste s'enrichit au fil des publications.

  • AUBERT Eugène Léon Lucien
    AUBERT Eugène Léon Lucien
    Vicaire, brancardier et aumônier des zouaves. À l'assaut des tranchées, il donne l'exemple en relevant ses camarades sous le feu.
  • BOLTE Joseph
    BOLTE Joseph
    Jeune clerc fauché un message à la main. Sous le bombardement et les mitrailleuses, il meurt en porteur d'ordres.
  • DANIS Fernand Henri Désiré
    DANIS Fernand Henri Désiré
    Séminariste et étudiant en médecine, il choisit l'assaut. Officier cinq fois cité, il tombe la grenade à la main et gagne la Légion d'Honneur.
  • DECONINCK  Joseph Louis Albert
    DECONINCK Joseph Louis Albert
    Docteur en théologie, brancardier sous les obus. Deux fois blessé, il relève les blessés en première ligne et rend leur nom à soixante-huit morts.
  • DELHOMME  Théodore Jean Paul
    DELHOMME Théodore Jean Paul
    Religieux en formation, caporal de zouaves. Il entraîne son escouade à l'assaut d'une tranchée ennemie, puis tombe blessé par balle sous le feu.
  • ÉVRARD Auguste Jean Baptiste Joseph
    ÉVRARD Auguste Jean Baptiste Joseph
    Aumônier de collège, brancardier au feu. Frappé en portant les secours de la religion aux blessés, il se traîne jusqu'aux lignes et meurt au matin.
  • GUILLEMIN  Ernest
    GUILLEMIN Ernest
    De la vocation missionnaire au commandement des zouaves. Ordonné prêtre en campagne, il tombe après sept blessures.

Sources

Historique condensé d’après l’Historique du 3e régiment de marche de zouaves pendant la guerre contre l’Allemagne, 1914-1918 (Étampes, imprimerie Dormann, 1921 — BnF / Gallica).

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