L’Affaire Réveillon : est-elle le véritable début de la Révolution française ?

Si le 14 juillet occupe toutes les mémoires, l’Affaire Réveillon (avril 1789) constitue-t-elle le véritable début de la Révolution française ? Premier affrontement sanglant de l’année, cette fusillade meurtrière oppose les ouvriers du faubourg Saint-Antoine aux Gardes-françaises…

Un climat social explosif

À la veille de la Révolution, Paris est une poudrière. Le 23 avril 1789, Jean-Baptiste Réveillon, propriétaire d’une manufacture de papiers peints renommée, tient des propos maladroits lors d’une assemblée électorale. Il suggère de baisser le prix du pain pour pouvoir, en conséquence, diminuer les salaires de ses ouvriers et réduire ses coûts de production. Pour la population ouvrière du Faubourg Saint-Antoine, déjà étranglée par la cherté de la vie, cette déclaration est perçue comme une provocation directe.

La manufacture Réveillon n’est pas une simple usine : c’est une Manufacture royale prospère employant près de 400 travailleurs, dont un quart sont des enfants âgés de 8 à 12 ans. Si la rumeur l’accuse de vouloir baisser les salaires à 15 sous, Jean-Baptiste Réveillon s’en défendra plus tard dans un mémoire justificatif, affirmant payer les plus chanceux jusqu’à 50 sous par jour.

27 avril 1789 : La médiation du Duc du Châtelet

Le 27 avril, une foule d’ouvriers se rassemble avec l’intention de saccager la manufacture Réveillon. Le Duc du Châtelet, colonel du régiment des Gardes-françaises, intervient personnellement. Par un discours empreint de « douceur », il parvient temporairement à calmer les esprits et à convaincre les manifestants de se disperser.

Cette accalmie est de courte durée. Le Faubourg Saint-Antoine constitue alors un point faible dans le maillage sécuritaire de Paris : le régiment des Gardes-françaises n’y possède que deux petits corps de garde de 9 et 12 hommes chacun.

Cette gravure illustre l'intervention des Gardes-françaises et du régiment Royal-Cravate face aux ouvriers de la manufacture Réveillon. On y distingue la charge de la cavalerie et l'infanterie en ligne devant le portail de la manufacture, peu avant la fusillade meurtrière.
Attroupement au Faubourg Saint-Antoine le 28-04-1789

Source de l’image : Paris Musées

Texte sous l’image : On repandit le bruit dans ce fauxbourg que les Ouvriers de la Manufacture de Papiers Réveillon seroient taxés à 15 sols par jour, et que le Pain étoit trop bon pour eux. Sous ce prétexte on forma un attroupement considérable qui se porta à cette Manufacture dont les meubles furent jettés par les fenêtres et incendiés. Des Gardes françoises et un détachement de Royal-Cravatte furent commandés, et ces derniers sont seuls qui eurent ordre de charger le peuple dans cette journée.

28 avril 1789 : La fusillade sanglante

Le lendemain, la colère redouble. Une cinquantaine de grenadiers des Gardes-françaises sont dépêchés rue de Montreuil pour protéger l’usine. Sous les ordres du sergent Jean-Nicolas Thiébault, ils érigent des barricades pour contenir une foule devenue immense.

La colère ne vise pas seulement Réveillon, mais aussi un certain Henriot, fabricant de salpêtre. Le 27 avril, une foule de 3 000 personnes déambule dans Paris, des Gobelins à la place de Grève, portant une potence à l’effigie des deux hommes en criant : « Arrêt du Tiers État qui juge et condamne les nommés Réveillon et Henriot à être pendus et brûlés ! »

L’incident bascule lorsque la voiture de la duchesse d’Orléans force le passage, obligeant les soldats à ouvrir une brèche dans la barricade. Les émeutiers s’y engouffrent, grimpent sur les toits et bombardent les soldats de pierres et de tuiles. Après une sommation à blanc restée sans effet, la troupe reçoit l’ordre de tirer à balles réelles.

Fusillade de l'Affaire Réveillon le 28 avril 1789 avec les Gardes-françaises et les Gardes suisses.
La fusillade du 28 avril 1789 au Faubourg Saint-Antoine. Source : Paris Musées.

Source de l’image : Paris musées

Texte sous l’image : Après le pillage de la Maison et de la Manufacture de Réveillon, les gardes françaises et Suisses, qui s’avançoient dans le fauxbourg pour en chasser les brigands, ayant été assaillis par une grêle de pierres et de tuiles qu’on leur lançoit du haut de différentes Maisons, firent feu sur les assaillans dont ils firent un grand carnage.

Un tournant psychologique

La répression est brutale et marque durablement les esprits :

  • Déshonneur militaire : Le régiment des Gardes-françaises, traditionnellement garant de la sûreté, est désormais couvert d’opprobre par les Parisiens.
  • Crise morale : Les soldats, quotidiennement exposés à la réprobation de la population, commencent à douter de leur mission.
  • Vers la mutinerie : Cette répression sanglante marque le début de la fracture entre le peuple et les soldats. C’est ce même climat d’insubordination que devra affronter le Baron de Besenval quelques semaines plus tard, lorsqu’il hésitera à faire tirer sur la foule le 14 juillet.
Affaire Réveillon 1789 : émeute populaire au Faubourg Saint-Antoine et prémices de la Révolution française.
Attroupement du 28 avril 1789 au Faubourg Saint-Antoine.

Source : Paris-musées

L’affaire Réveillon : analyse d’une émeute fondatrice

Fait frappant : on ne compte aucun ouvrier de chez Réveillon parmi les victimes de la répression. Cela démontre que l’émeute a dépassé le cadre de l’usine pour devenir une véritable « journée révolutionnaire ».

Le peuple, exclu des débats politiques malgré l’ouverture des États généraux, exprimait une colère sourde déjà entendue dans les boulangeries dès novembre 1788 : « on devrait aller mettre le feu aux quatre coins du château de Versailles !

Pillage de la manufacture royale de papiers peints Réveillon, avril 1789
Pillage de la manufacture et de la demeure de Réveillon.

Source : Paris Musées

Un tournant irréversible vers le 14 juillet

L’affaire Réveillon n’est pas qu’une simple révolte de la faim. En réprimant dans le sang cette insurrection ouvrière, la monarchie a brisé le lien de confiance avec le peuple de Paris. Cette journée du 28 avril 1789 marque le véritable baptême du feu du Tiers-État et préfigure l’organisation des citoyens pour les mois à venir.

L’émotion suscitée par les centaines de victimes et la violence des Gardes-françaises resteront gravées dans les mémoires. C’est cette même colère, mêlée à la crainte d’une nouvelle répression militaire, qui poussera les Parisiens à chercher des armes quelques semaines plus tard. Le chemin vers la prise de la Bastille est désormais tracé.

Quelques semaines plus tard, la charge du prince de Lambesc aux Tuileries le 12 juillet confirme ces craintes et met Paris définitivement aux armes

Note de l’éditeur : L’affaire Réveillon reste l’un des épisodes les plus mal connus des prémices de la Révolution française. Première confrontation armée de 1789, elle révèle la fragilité du dispositif militaire royal face à une population parisienne déjà prête à l’insurrection.

Sources

Source primaire
Jean-Baptiste Réveillon, Exposé justificatif pour le sieur Réveillon, 1789 — Internet Archive

Sources de presse d’époque
Gallica : Histoire-Musée de la République française
Gallica : Histoire des causes de la Révolution française

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