Bastille : Le prisonnier Pelleport qui tenta de sauver son bourreau

Anne-Gédéon de La Fitte Marquis de Pelleport naît né à Stenay le 11 mai 1754. Fils d’un lieutenant-colonel du régiment de Guyenne, il s’éloigne de la carrière des armes pour celle de la plume.
Ruiné par une gestion imprudente de son patrimoine et des litiges familiaux, il s’exile à Londres où il devient l’un des pamphlétaires les plus actifs contre la cour de Versailles.

L’arrestation et la détention à la Bastille

Son activité de libelliste attire l’attention de la police française. En 1784, l’inspecteur Receveur organise un guet-apens à Boulogne-sur-Mer en exploitant les dettes du marquis. Arrêté le 13 juillet 1784, Pelleport est transféré à la Bastille sous le numéro d’écrou 4428.

Il y reste enfermé plus de quatre ans. Durant sa captivité, il rédige Les Bohémiens, un ouvrage de fiction qui témoigne de son passage dans les geôles royales. Il y développe également une reconnaissance envers certains officiers de la garnison, dont le major de Losme, pour les égards manifestés envers les prisonniers.

Il est libéré le 3 octobre 1788, quelques mois avant le soulèvement de Paris.

L’héroïsme au péril de sa vie : l’intervention du 14 juillet 1789

Le Marquis de Pelleport tente de sauver le Major de Losme le 14 juillet 1789
Le Marquis de Pelleport tente de sauver le Major de Losme
Source image : Paris musées

Le 14 juillet 1789, alors que la Bastille capitule, Pelleport se trouve à proximité de l’Hôtel de Ville. Il voit arriver la colonne des vainqueurs escortant les officiers de la garnison, dont le gouverneur de Launay et le major de Losme. Reconnaissant ce dernier, son ancien geôlier dont il avait éprouvé la bonté durant quatre ans de captivité, il décide d’intervenir.

Fendant la foule, Pelleport harangue les assaillants pour témoigner en faveur du major. Cet acte d’héroïsme individuel, motivé par la gratitude envers un homme qu’il jugeait juste, déclenche la fureur de la multitude.

Le marquis est assailli, frappé de plusieurs coups de baïonnette et de hache, notamment au cou. Laissé pour mort sur le pavé, il ne peut empêcher le massacre de De Losme.

Ce sacrifice marque l’échec de la modération face à la violence de l’insurrection.

Fin de vie et postérité

Sous la Révolution, il collabore au Moniteur et tente de maintenir une activité journalistique. Marqué par ses années de prison et ses blessures, il meurt en 1807. Son parcours illustre la trajectoire de cette noblesse déclassée, passée de la contestation pamphlétaire à la confrontation brutale avec la violence populaire.

Il meurt à Paris le 7 février 1807, après une fin de vie discrète sous l’Empire.

L’acte d’héroïsme du 14 juillet 1789 raconté dans La Bastille dévoilée, ou Recueil de pieces authentiques pour servir a son histoire. Tome 1 sur Gallica)

Le sieur de Pelleport, qui avait été passer quelque temps à Stenay après sa sortie (de la Bastille), fut rappelé par des affaires à Paris, où il arriva la veille de la prise de la Bastille. Il venait voir ses enfants à l’école des orphelins militaires, située à l’ancien couvent des Célestins.

Arrivé à la place de Grève, il voit égorger le sieur de Launey et le sieur de Losme qu’on traînait sur la place dans la même intention. Frappé de ce triste spectacle, le sieur de Pelleport se rappelle que le sieur de Losme, plein de probité et d’humanité, avait toujours été le consolateur des prisonniers, qu’il lui avait souvent donné des marques du plus tendre intérêt.

Il n’écoute que sa reconnaissance, il accourt se jeter dans les bras de l’infortuné que la multitude entraînait avec une fureur capable de glacer tous les cœurs. « Arrêtez, s’écrie-t-il, en sautant sur l’infortuné major, vous allez sacrifier le plus honnête homme du monde. Je fus cinq ans à la Bastille, il fut mon consolateur. » Ces paroles frappent le sieur de Losme qui lève les yeux, et en vrai romain, dit avec un sang-froid qu’on n’aurait pas dû attendre d’un homme que chacun s’arrachait : « Jeune homme, qu’allez-vous faire, retirez-vous, vous allez vous sacrifier sans me sauver. »

Le marquis de Pelleport, voyant que la multitude rugissante n’écoutait rien, s’écrie : « Retirez-vous, je le défends envers et contre tous » ; alors, oubliant qu’il est sans armes, il écarte la multitude avec ses mains. Bientôt un féroce le frappe sur le col d’un coup de hache qui lui fait une large blessure et jette bas son chapeau ; le monstre allait lui porter un coup sur la tête, lorsqu’il fut renversé lui-même par un sieur chevalier de Jean qui était venu sur cette place avec lui.

Pour avoir échappé à ce coup qui l’aurait abattu, le marquis de Pelleport n’en fut pas quitte. Assailli de toutes parts, frappé de coups de sabre, percé de baïonnettes, il saisit un fusil ; semblable à un lion, il frappe de tous côtés et renverse quiconque se présente à lui. Son fusil lui est enfin arraché ; il allait périr si, par de nouveaux efforts, il ne fut parvenu à écarter la multitude et à se retirer sur l’escalier de l’Hôtel-de-Ville, où, tombé sans force, il fut pansé de ses blessures, qui heureusement ne furent pas mortelles

Pour aller plus loin dans cette série

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Retour en haut