La veille du 14 juillet 1789, Paris bascule. En moins de trente-six heures, la capitale se transforme en ville de guerre. Les Gardes Françaises rejoignent le peuple, la poudre est conquise, les barricades s’élèvent.
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Après cet arrêté, les drapeaux de la ville furent déployés, on fit des décharges de canons, pour tenir les citoyens en alerte, on établit des tranchées, des barricades dans les faubourgs et dans quelques rues du centre, on posta partout des corps-de-garde ; et, en moins de trente-six heures, Paris présenta l’image d’une ville de guerre, et vit dans son enceinte au moins cent mille hommes qui se divisèrent par compagnies, nommèrent des commandants, et veillèrent à la tranquillité publique.
Les Gardes Françaises rejoignent le peuple
Les intrépides Gardes Françaises viennent aussi, au nombre d’environ trois mille, se ranger sous les étendards de la Patrie, pour partager les périls et diriger les efforts de ses défenseurs.
Leurs chefs avaient depuis quelque temps pénétré les sentiments qui les animaient, et cherché les moyens de rendre leur patriotisme inutile à la capitale, et peut-être funeste à ceux qui l’éprouvaient. On prétexta d’abord l’ordre de les réunir au camp de Saint-Denis, et on leur ordonne d’y aller sans armes. C’était les envoyer à la boucherie ; ils refusent de marcher.

Texte sous l’image : Le Jour de la Séance Royale, le Peuple s’étant porté en foule au Chateau, Des Princes mal intentionnés firent donner aux Gardes Françaises l’ordre de tirer, mais ces braves Soldats, saisis d’indignation, posèrent leurs armes d’un commun accord, et jouirent de la rage de leurs Officiers et des transports de joye du Public.
À l’hôpital du Gros-Caillou, on fait entendre à leurs canonniers qu’il est important qu’ils aillent garder l’hôtel de Richelieu, considéré en ce moment comme quartier-général ; et dès qu’ils sont partis, on cherche à enclouer leurs canons.
Quelques-uns d’entre eux, restés à l’hôpital, s’aperçoivent de la manœuvre, et vont avertir leurs camarades : ils quittent aussitôt l’hôtel de Richelieu.
Le sixième bataillon abandonne ses casernes, tous courent à l’hôpital, d’où ils transportent leurs canons dans leur poste de la rue Verte.
La conquête de la poudre et des farines
À cette nouvelle, quelques officiers se mettent prudemment à la tête de la troupe, pour y maintenir l’ordre, et se rendre au milieu de Paris avec un train considérable d’artillerie.
On venait de faire, au même instant, au port Saint-Nicolas, la découverte d’un bateau chargé de cinq milliers de poudre, ce qui fut une véritable conquête pour l’armée parisienne. Cette poudre, conduite en triomphe à l’hôtel-de-ville, où elle est déposée dans une salle basse, et confiée à la surveillance de l’abbé Lefèvre que l’on charge d’en faire la distribution.1

On surprit aussi dans le même moment, un convoi de farine destiné pour le camp du Champ-de-Mars ; il fut conduit à la halle pour être distribué aux boulangers, ce qui donna au Peuple quelques instants de joie.
Sur les cinq heures et demie de l’après-midi, le comité de la ville nomma une députation pour aller rendre compte à l’Assemblée nationale de ce qui se passait à Paris.
Paris place de Grève : l’effervescence populaire
Le courage des Parisiens répondait à la fermeté de l’Assemblée nationale : il s’affermissait d’heure en heure. Les districts étaient dans la plus grande activité, distribuaient chacun dans leur arrondissement des patrouilles nombreuses, et faisaient fabriquer cinquante mille piques ;
la place de Grève ne désemplissait pas, des hommes de tout âge, de tout état, des armes de toute espèce, des députations de toutes les parties de la capitale pour en demander au prévôt des marchands, des voitures chargées de butin, prises sur les ennemis, d’autres arrêtées comme suspectes, et conduites en triomphe à l’hôtel-de-ville, offraient sur cette place2 un spectacle que l’on ne pouvait contempler sans éprouver une sorte d’émotion et de frémissement involontaires.
Paris à la veille du 14 juillet 1789
Note de l’éditeur : La veille du 14 juillet 1789 marque le basculement définitif de Paris dans l’insurrection. En moins de trente-six heures, la capitale s’est organisée, armée et fortifiée sans attendre d’ordre central — préfigurant la prise de la Bastille du lendemain.
La nuit se passa sans événement, mais non sans inquiétude. La sombre illumination des rues, la marche rapide des cohortes nombreuses qui parcouraient la ville en silence, les accents lugubres qui avertissaient par intervalles de retirer ou de mettre les lampions, les pavés et les meubles amoncelés sur les fenêtres, tout présentait l’idée d’un danger d’autant plus terrible qu’on ne pouvait en mesurer l’étendue.
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Source et crédits : Document original : Gazette nationale ou le Moniteur universel, numéro 21 du 20 juillet 1789.
- Cette dangereuse commission mit plusieurs fois ce brave et respectable abbé à deux doigts de sa perte. Le jour même, on tira un coup de fusil sur les tonneaux dont il était gardien, et un coup de pistolet sur sa propre personne. Pendant la nuit, la porte de la salle qui lui servait de magasin, fut brisée sous ses yeux à coups de haches qui faisaient feu sur les clous dont elle était garnie. Enfin un homme ivre entra peu de temps après dans ce magasin, ou plutôt cette mine, située sous la salle des électeurs, toujours remplie de citoyens, y entra la pipe à la bouche, et continua de fumer sur les barils ouverts, malgré les instantes représentations : heureusement, l’abbé s’avisa de lui acheter sa pipe allumée qu’il lança dans la cour. ↩︎
- La voiture de M. Lambesc y fut brûlée : la malle fut cependant sauvée, et l’on porta sur le bureau des électeurs les effets qu’elle contenait. ↩︎
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