Le siège de la forteresse de la Bastille bascule ce 14 juillet 1789. Alors que Thuriot de la Rosière tente une négociation avec le gouverneur De Launay, la tension monte au cœur de Paris. Quand la foule envahit les cours, le brave Louis Tournay brise les ponts-levis. L’assaut de la forteresse est lancé.
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La forteresse de la Bastille — description
Il est nécessaire, pour l’intelligence des détails, de donner une idée de la forteresse elle-même. Le château de la Bastille était composé de huit grosses tours rondes, dont les murs avaient environ six pieds d’épaisseur ; elles étaient jointes par des massifs de maçonnerie épais de neuf pieds.
L’accès stratégique par la rue Saint-Antoine
L’entrée se trouvait à droite de l’extrémité de la rue Saint-Antoine ; au-dessus de la première porte était un magasin considérable d’armes de différentes espèces, qui depuis peu avaient été transportées aux Invalides, à la réserve de six cents fusils que le gouverneur fit rentrer quelque temps auparavant dans l’intérieur même de la Bastille, et de quelques armures anciennes qui furent pillées par le Peuple. À côté de cette porte était un corps-de-garde où l’on plaçait chaque nuit deux sentinelles, pour répondre et ouvrir aux personnes qui se présentaient.
La première cour et le pont de l’Avancé
Cette porte conduisait à une première cour extérieure dans laquelle étaient les casernes des Invalides, les écuries et remises du gouverneur. On pouvait également arriver à cette cour par l’Arsenal : une porte à côté de laquelle était un autre corps-de-garde, un fossé et un pont-levis qu’on appelait le pont de l’Avancé, la séparait d’une seconde cour dans laquelle se voyait l’hôtel du gouverneur.

Source image : Gallica
Le pont dormant et la grande cour intérieure
En face de cet hôtel était une avenue longue de dix-sept toises, dont le côté droit était bordé par un corps-de-logis où se trouvaient une cuisine et une salle de bains. Ce bâtiment était construit sur un pont dormant qui traversait le grand fossé, et sur lequel s’abaissait un pont-levis. Au-delà était encore un autre corps-de-garde ; c’est par là que l’on arrivait à la grande cour intérieure, après avoir franchi une grille de fer qui servait de retranchement à la sentinelle, dont la consigne était de ne pas laisser approcher d’elle les prisonniers à la distance de trois pas.
Cette grande cour avait cent deux pieds de long sur soixante-douze de large ; elle était environnée des tours dites la Liberté, de la Bertaudière, de la Bazinière, de la Comté, du Trésor et de la Chapelle, et des massifs qui joignaient ces six tours qui s’élevaient à la hauteur de soixante-treize pieds trois pouces.
Les fossés, le chemin de ronde et les tours
La forteresse de la Bastille était environnée entièrement d’un large fossé toujours à sec, excepté dans les temps pluvieux ou lorsque la rivière était haute. Une forte maçonnerie de trente pieds de hauteur couvrait sa surface latérale extérieure, à laquelle était scellée une galerie de trois pieds et demi de largeur qui régnait dans tout le contour de cette espèce de contrescarpe. On y arrivait par des pas de souris, ou par des escaliers placés à droite et à gauche du pont. Cette galerie formait ce qu’on appelait le chemin de ronde, parce que des officiers et des gens y faisaient de fréquentes rondes, surtout la nuit, pour s’assurer de la vigilance des quatre sentinelles qui y étaient placées.
Au sommet des tours était une terrasse prolongée le long des massifs par lesquels ces tours se communiquaient, et au bord de laquelle régnait un parapet.
Tel était ce fameux château, cette forteresse de la Bastille qui, sans être bien fort, est un des plus redoutables de l’Europe.

La mission de Thuriot — face à face avec De Launay
M. Thuriot de la Rosière, député par le district vers le gouverneur, s’y rend aussitôt accompagné de deux soldats-citoyens qui s’arrêtent au pont de l’Avancé. Il entre seul et lui dit :
« Je viens, au nom de la Nation et de la Patrie, vous représenter que les canons que l’on voit braqués sur les tours de la Bastille, causent beaucoup d’inquiétude et répandent l’alarme dans tout Paris. Je vous supplie de les faire descendre, et j’espère que vous voudrez bien acquiescer à la demande que je suis chargé de vous faire. »
« Cela n’est pas en mon pouvoir », lui répond le gouverneur ; « ces pièces ont de tout temps été sur les tours, je ne peux les en faire descendre qu’en vertu d’un ordre du roi. Instruit déjà des alarmes qu’elles causent dans Paris, ne pouvant pas les faire ôter de dessus leurs affûts, je les ai fait reculer et sortir des embrasures. »
Note historique : Cette entrevue est l’ultime tentative de reddition pacifique de la forteresse de la Bastille.
Le député ayant obtenu avec peine, et à la prière de M. Losme, major de la place, la liberté d’entrer dans la cour intérieure, somma les officiers et les soldats au nom de l’honneur et de la Patrie, de faire changer la direction des canons, et de se rendre. Tous, sur l’invitation même du gouverneur, jurèrent de ne faire aucun usage de leurs armes, si on ne les attaquait.
La montée sur les tours — les canons masqués
M. Thuriot monte ensuite sur les tours avec M. de Launay. Parvenus au sommet de celle qui dominait l’Arsenal, ils découvrent un peuple immense accourant de toutes parts, et le faubourg Saint-Antoine qui s’avançait en masse.
Le gouverneur pâlit, et saisissant M. Thuriot par le bras :
« Que faites-vous, Monsieur, vous abusez d’un titre sacré pour me trahir ? »
« Et vous, Monsieur, si vous continuez sur le même ton, je vous déclare que l’un de nous va bientôt tomber dans ce fossé. »
De Launay se tut.
La menace des canons de la forteresse
Alors la sentinelle qui était sur cette même tour vint leur dire que l’on se préparait à attaquer le gouvernement, et qu’il n’y avait point de temps à perdre, et conjura M. Thuriot de se montrer. Celui-ci s’avance sur le rebord, et de nombreux applaudissements partent du jardin de l’Arsenal.
Il jette ensuite un coup d’œil sur les canons ; on les avait retirés environ de quatre pieds des embrasures : mais il observe que leur direction était la même, et qu’on les avait masqués.
Descendu de la tour avec le gouverneur, il le presse de nouveau, lui et ses soldats, de se rendre au vœu de la Patrie. Les soldats cédaient ; mais leur chef éperdu de ce qu’il venait de voir et d’entendre, tantôt les retenait, tantôt hésitait.
M. Thuriot de la Rosière, désespérant de vaincre sa résistance, et craignant de perdre des moments précieux, prend le parti de se retirer d’abord à son district, ensuite à l’Hôtel-de-Ville.
Louis Tournay brise les ponts-levis
Un nombre assez considérable de citoyens vint alors se présenter devant la Bastille pour demander des armes et des munitions de guerre. Comme ils étaient la plupart sans défense, et n’annonçaient aucune intention hostile, M. de Launay les accueille, et fait baisser le premier pont-levis pour les recevoir. Les plus déterminés s’avancent pour lui faire part du motif de leur mission.

Mais à peine sont-ils entrés dans la première cour, que le pont se relève, et qu’un feu roulant de mousqueterie et d’artillerie fait mordre la poussière à une partie de ces infortunés qui ne peuvent ni se défendre ni se sauver.
Texte sous l’image : Le Gouverneur de la Bastille après avoir fait baisser le 1er Pont-levis et laissé entrer un grand nombre de Citoyens dans la 1re Cour, les fait fusiller. »
Ceux qui les attendaient au-dehors, révoltés d’une si lâche perfidie, courent sur-le-champ à l’Hôtel-de-Ville rendre compte et demander vengeance de cette barbarie.
Mais bientôt une immense multitude armée de fusils, de sabres, d’épées, de haches, se précipite dans les cours extérieures en criant : « La Bastille, la Bastille ; en bas la troupe », s’adressant aux soldats placés sur les tours.
Tournay brise les verrous de la forteresse de la Bastille
En même temps deux hommes, dont l’un est M. Louis Tournay, ancien soldat au régiment Dauphin, montent sur le toit du corps-de-garde qui était à côté du petit pont-levis, malgré les cris et les menaces de la garnison de la forteresse. Le brave Tournay descend seul dans la cour du gouvernement et va au corps-de-garde chercher les clefs du pont-levis. Ne les trouvant pas, il demande une hache, brise les verrous et les serrures, pendant que, de l’autre côté, on travaillait avec la même ardeur à enfoncer les portes. Les ouvrages de l’avancé cèdent à leurs efforts, et les deux pont-levis sont baissés.

Bonnemère repousse les invalides
Deux invalides qui étaient sortis le matin pour aller prendre les vivres que leurs femmes leur apportaient, essaient en rentrant de les relever ; mais l’intrépide Tournay et Aubin Bonnemère, ancien soldat de Royal-Comtois infanterie, qui l’avait courageusement secondé dans l’enfoncement des portes, fondent sur eux et les mettent en fuite.
L’énorme machine retombe avec fracas, et dans sa chute, écrase un homme et en blesse un autre.
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Sources :
— Gazette nationale ou le Moniteur universel, numéro 21 du 20 juillet 1789 (description de la forteresse)
— Gazette nationale ou le Moniteur universel, numéro 22 du 23 juillet 1789 (Thuriot, Tournay, Bonnemère)
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