X. Trahison de De Launay et assaut de la Bastille

L’assaut de la Bastille éclate le 14 juillet 1789. Le gouverneur De Launay piège les premiers citoyens dans la cour et les fait massacrer. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Paris tout entier — artisans, soldats, femmes, abbés — se précipite vers la forteresse. Le combat est sans merci.

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L’embrasement populaire – L’assaut de la Bastille commence

À la première nouvelle de l’attaque de la Bastille, dont le nom réveille les idées de lettres de cachet, d’opprobre et d’oppression, les têtes s’allument, la fureur les transporte et l’audace s’élève soudainement au niveau de la terreur imprimée si longtemps par ce nom formidable.

La foule des assaillants augmente de moment en moment ; elle se grossit de citoyens de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, d’officiers, de soldats, de pompiers,1 de femmes, d’abbés, d’artisans, de journaliers, la plupart sans armes et rassemblés confusément ; tous mus par une impulsion commune, s’élancent des différents quartiers de Paris et se précipitent par cent chemins divers, à l’assaut de la Bastille.
Le faubourg Saint-Antoine, placé sous l’artillerie du fort, plus animé encore en raison de sa proximité, y afflue tout entier.

L'assaut de la Bastille le 14 juillet 1789 — incendie, combats et fumée sur la forteresse
L’assaut de la Bastille, 14 juillet 1789. Source : Gallica BNF

On y voit aussi accourir des gens de la campagne, des étrangers et des guerriers récemment armés de différents pays. Un jeune Grec, sujet du Grand Seigneur, y contemple notre enthousiasme, et en devient Français.
Plusieurs, dès qu’ils apprirent l’attaque de la Bastille, s’y portèrent par différents motifs : quelques-uns dans l’espoir du pillage ; on en fit justice. D’autres ne s’y rendirent que pour secourir les blessés, soustraire à la fureur des assiégeants des parents, des amis, ou ceux dont ils avaient, pendant leur captivité, furtivement reçu des consolations ; de sorte que l’humanité, la reconnaissance et la piété filiale y furent exercées au risque de la vie.

Les combats au pont-levis lors de l’assaut de la bastille

Cependant on combattait, on mourait autour du pont-levis2 ; des femmes volant au secours de leurs époux y sont blessées. Une d’entre elles qui n’y cherchait que la guerre et la victoire, fut depuis mise au rang des vainqueurs de l’assaut de la Bastille.

Cependant le Peuple se jette en foule dans la cour du gouvernement et court au second pont pour s’en emparer, en faisant une décharge de mousqueterie sur la troupe. Elle riposte par un feu vif et soutenu qui force les assaillants à se retirer en désordre, les uns sous la voûte de la porte de bois dans la cour de l’Orme, les autres sous celle de la grille, d’où ils ne cessent de tirer sur la plateforme, sans néanmoins oser s’approcher pour attaquer le second pont.

Première attaque et prise de la Bastille le 14 juillet 1789, avec Hulin dirigeant les canons et les Gardes Françaises
Première attaque et assaut de la Bastille, 14 juillet 1789. Au premier plan, le canon dont Hulin dirige le placement contre le pont-levis — Gallica/BnF

L’arrivée du drapeau de l’Hôtel-de-Ville

Il y avait une heure que durait cette attaque, lorsqu’on entendit du côté de l’Arsenal le bruit du tambour et de grands cris. On voit entrer au même instant dans la cour de l’Orme, par la cour des poudres et salpêtres, un drapeau escorté par un grand nombre de citoyens armés.

Une grosse troupe s’avance alors vers la cour du gouvernement et crie aux ennemis de suspendre leur feu, que ce sont des députés de l’Hôtel-de-Ville qui veulent parler au gouverneur. Aussitôt on arbore un pavillon blanc sur la plateforme des tours, et les signes de paix et d’appel se multiplient par les chapeaux.

Sur cette invitation amicale, M. de Corny, accompagné de MM. Francotay, la Fleurie, Milly, Beaulbourg, Piquot de Sainte-Honorine, Boucheron, Coutans, Six, Joannot qui portait le drapeau, et précédé d’un tambour, se met en marche vers la voûte qui conduit vers le pont de l’Avancé.

Un homme du Peuple leur fait remarquer une pièce de canon qui s’avançait dans une embrasure des tours et que l’on pointait sur la cour de l’Orme : tout le monde leur crie de ne pas se confier aux promesses perfides qu’on semblait leur faire.

M. Francotay s’avance seul

M. Francotay seul s’avance avec le tambour et le drapeau jusqu’au pied du fossé, tandis que M. de Corny et ses collègues restent sous la voûte. Plusieurs des assaillants se jettent sur lui et le conjurent avec les plus vives instances de ne pas s’exposer ainsi au feu de l’ennemi.
Mais l’intrépide patriote les presse aussi vivement de s’éloigner eux-mêmes, leur observe qu’ils ne peuvent rien contre la forteresse dont l’artillerie va les foudroyer ; qu’il peut demeurer seul, qu’il ne présume pas avoir rien à craindre. — « Non, lui répond un de ceux qui étaient présents, nous ne voulons pas vous abandonner, nous périrons ou nous mangerons tous ces b…..là. »

Les assiégés lui font alors essuyer une décharge de mousqueterie qui étend deux hommes à ses côtés et l’oblige de se retirer au milieu du sifflement des balles qu’il voyait pleuvoir sur la muraille attenante à la voûte sous laquelle il put rejoindre la députation. Pénétrée d’horreur et d’indignation, elle reprend le chemin de l’Hôtel-de-Ville avec une très-petite partie de ceux qui l’avaient accompagnée.

La furie du Peuple et les premières portes enfoncées

Le Peuple furieux court au pont en poussant de grands cris ; mais le feu de la place en écarte encore la multitude. Une partie se retire à peu de distance ; et tandis que ceux qui avaient des fusils tiraient sans relâche sur les bas-officiers postés sur la plate-forme, une autre troupe brisait à coups de haches les portes du quartier qui ne tarda pas à être livré au pillage.

Siège de la Bastille avec les canons des Gardes Françaises en batterie, 14 juillet 1789
Siège de la Bastille, les canons en batterie, 14 juillet 1789

La seconde députation et la lecture du décret

Une seconde députation de la ville vient présenter au gouverneur le vœu du comité permanent et tâcher d’arrêter l’effusion de sang. Elle portait le décret qui ordonnait au commandant de remettre, sans verser le sang des citoyens, cette place sous la garde de la cité. M. l’abbé Fauchet était à sa tête et se présenta sous le feu de l’artillerie.

On lui répondit avec des décharges. La députation s’avança trois fois avec une intrépidité toujours nouvelle ; trois fois la réponse à ses sommations paisibles ne fut donnée que par des tubes foudroyants. Une seconde députation avec un signal plus intelligible encore, s’il est possible, avec un drapeau incliné, n’eut pas plus de succès.

Les députés ne pouvant se faire entendre des ennemis au milieu du tumulte du combat, donnent aux citoyens armés lecture de l’arrêté suivant :

« Le comité permanent de la milice parisienne, considérant qu’il ne doit y avoir à Paris aucune force militaire qui ne soit sous la main de la ville, charge les députés qu’il envoie à M. le marquis de Launay, commandant de la Bastille, de lui demander s’il est disposé à recevoir dans cette place les troupes de la milice parisienne, qui la garderont de concert avec les troupes qui s’y trouvent actuellement, et qui seront aux ordres de la ville.
Fait à l’Hôtel-de-Ville, ce 14 juillet 1789.
Signés : de Flesselles, prévôt des marchands et président du comité ;
de la Vigne, président des électeurs. »

L’abbé Fauchet se retira ensuite avec MM. de la Vigne, Chignard et Bottidout, ses co-députés, et vint à l’Hôtel-de-Ville rendre compte de sa mission.

L’incendie du corps-de-garde et le fusil de rempart

Les assaillants, furieux, amènent trois voitures de paille, mettent le feu au corps-de-garde avancé au gouvernement et aux cuisines. Les assiégés tirent en ce moment un coup de canon à mitrailles, le seul, à les en croire, qui soit parti de la Bastille pendant cinq heures de combat. La plate-forme et les créneaux retentissaient du bruit de la mousqueterie, et les officiers de l’état-major eux-mêmes firent le coup de fusil.

Les Suisses qui étaient demeurés dans la cour avaient pratiqué un trou dans le tablier du grand pont-levis, d’où ils faisaient sur les assiégeants des décharges continuelles d’un fusil de rempart, qui tua à lui seul plus de combattants que toutes les pièces d’artillerie et de mousqueterie ensemble.


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Notes :

  1. Les pompiers, dont le zèle s’est toujours fait remarquer, s’y portèrent de leur propre mouvement. On voulut les employer à mouiller les amorces des canons braqués sur les tours, mais la hauteur était telle que le jet d’eau ne pouvait au plus y retomber qu’en vapeur. ↩︎
  2. Un citoyen qui chargeait en silence et tirait depuis une heure, reçoit du haut des tours une balle dans la poitrine. Il chancelle, on court à son aide. La tête penchée sur les bras de ceux qui le soutiennent. — « Mes amis, leur dit-il d’une voix expirante, je me meurs ; mais tenez bon, vous la prendrez. » Et il rend le dernier soupir. Dans cette même attaque, le nommé Bernard fut foudroyé de trente-deux coups. Il est vraisemblable qu’il reçut la décharge entière d’une des amusettes chargées à mitrailles. ↩︎

Sources :

Gazette nationale ou le Moniteur universel, numéro 22 du 23 juillet 1789

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