Le destin tragique de Claude Fauchet : de l’assaut de la Bastille à l’échafaud

Prêtre, orateur enflammé et médiateur au cœur de la fournaise, Claude Fauchet est l’une des figures les plus singulières de 1789. Entre la chaire et les barricades, cet « évêque de la Bastille » a tenté de marier l’Évangile et la Liberté.
Découvrez le récit d’un homme qui, sous la mitraille, a risqué sa vie pour la paix.

1. L’ascension : Le tribun de la liberté (1744-1789)

  • Origines : Né à Dornes dans la Nièvre en 1744, il devient prêtre et se fait remarquer par son éloquence. Avant la Révolution, il est déjà un prédicateur renommé, nommé prédicateur du Roi.
  • Le 14 juillet 1789 : Membre du comité des électeurs à l’Hôtel de Ville, il fait partie de la troisième députation envoyée pour parlementer avec le gouverneur De Launay. Il s’expose courageusement au feu pour tenter d’éviter le carnage. Son rôle de médiateur actif lui vaut le titre officiel de « Vainqueur de la Bastille ».
  • L’Oraison Funèbre : Le 5 août 1789, Claude Fauchet prononce un discours mémorable en hommage aux citoyens morts lors de l’assaut. Ce texte, qui lie la religion à la liberté, le propulse au rang de leader spirituel de la Révolution.
Portrait de Claude Fauchet, abbé et médiateur de la prise de la Bastille.
L’histoire de Claude Fauchet, l’évêque qui voulut marier la Croix et la Liberté, et qui le paya de sa vie.

source image : Gallica

Le 5 août 1789 : L’oraison funèbre au cœur de la fournaise

Quelques semaines seulement après la chute de la forteresse, l’abbé Fauchet monte en chaire à l’église Saint-Jacques-des-Innocents pour prononcer un discours qui fera date. Loin de se contenter d’un sermon théologique classique, il y livre un témoignage brut de son propre engagement au 14 juillet. Il y relate comment, mandaté par l’Hôtel-de-Ville, il s’est avancé à trois reprises sous le feu nourri des canons de la Bastille pour tenter une médiation pacifique auprès du gouverneur de Launay, essuyant des tirs malgré ses habits de prêtre.

Avec une audace rare pour l’époque, il y sacralise le sacrifice des citoyens tombés au combat, les élevant au rang de « vrais martyrs de la patrie » et jetant les bases d’un culte héroïque autour de la Révolution. Ce texte puissant, véritable manifeste philosophique et politique, tente de concilier la foi religieuse avec les aspirations de liberté du peuple, affirmant que c’est « pour la liberté que le Christ a affranchi son peuple ».

« C’est pour la liberté que le Christ a affranchi son peuple ; il ne l’a pas affranchi pour qu’il soit sous le joug de la servitude. » par Claude Fauchet

Gravure d'époque montrant Claude Fauchet, en habit ecclésiastique, prononçant un sermon patriotique devant une assemblée de citoyens armés dans une église après la prise de la Bastille.
L’abbé Claude Fauchet exaltant la liberté devant les citoyens en armes lors de son oraison funèbre du 5 août 1789.

Source image : Paris Musées

Il a dit : « C’est l’aristocratie qui a crucifié le Fils de Dieu ; c’est pour la Liberté qu’il a versé son sang. »

2. L’apogée : Le prêtre-citoyen (1790-1792)

  • Le Cercle Social : Il fonde avec Nicolas de Bonneville ce club révolutionnaire et son journal La Bouche de Fer (sur gallica). Il y prône un christianisme social, demandant le partage des terres et l’égalité réelle.
  • Évêque et Député : Ayant prêté serment à la Constitution civile du clergé, Claude Fauchet est élu Évêque constitutionnel du Calvados en 1791, puis député à l’Assemblée Législative et à la Convention. Il est alors à l’apogée de son influence, portant fièrement sa croix épiscopale et son écharpe de représentant du peuple.

3. La fracture : L’horreur des massacres (Septembre 1792)

  • Le refus des massacres : Profondément pacifique, Claude Fauchet est horrifié par les massacres de Septembre. Il refuse d’être commissaire pour la Commune de Paris pendant ces journées sanglantes, un geste que ses ennemis interpréteront plus tard comme une preuve de son désengagement envers la « cause du peuple ».
  • Le camp des modérés : À la Convention, il siège avec les Girondins. Il s’oppose avec force à l’exécution de Louis XVI, prônant la clémence, ce qui finit de le rendre suspect aux yeux des Jacobins.

L’affaire Charlotte Corday : l’amalgame fatal

Bien qu’il soit étranger au complot, Claude Fauchet a le malheur d’être l’évêque du Calvados, département dont est issue Charlotte Corday. Pour avoir simplement remis un billet d’accès à la Convention à la jeune femme, il se retrouve accusé de complicité dans l’assassinat de Marat.

Lors de l’audience du 30 juillet 1793, dont la Gazette Nationale se fait l’écho, l’évêque tente de dissiper ce soupçon par un alibi aussi précis que quotidien : il affirme avoir passé la soirée du crime à jouer au trictrac avec l’évêque de Nancy et le citoyen Loiseau. Cette dénégation est paradoxalement soutenue par Charlotte Corday elle-même. Devant le tribunal, elle balaie toute complicité avec une froideur cinglante :

« Claude Fauchet, député à la Convention nationale, est entendu ; il déclare n’avoir jamais connu directement ni indirectement l’accusée, ne l’avoir jamais vue, n’avoir eu aucune correspondance avec elle […]. Pour repousser l’accusation d’une citoyenne qui affirme l’avoir vu dans les tribunes de l’Assemblée avec Charlotte Corday, il précise avoir passé sa soirée à jouer au trictrac avec l’évêque de Nancy et le citoyen Loiseau, avant de se rendre chez le citoyen Gomaire. L’accusée, interpellée à son tour, confirme ces dénégations par une déclaration cinglante : « Je ne connais Fauchet que de vue ; je le regarde comme un homme sans mœurs et sans principes, et je le méprise. » »

Source citation : La Gazette nationale ou le Moniteur universel du 30 juillet 1793 sur Gallica

Malgré ce mépris réciproque et l’absence de preuves, le Tribunal Révolutionnaire choisira d’ignorer l’évidence, scellant ainsi le destin de l’ancien orateur de la Bastille.

Le Crépuscule d’un Tribun

Le Procès (3 Brumaire an II) : Arrêté avec les chefs girondins, Claude Fauchet comparaît devant le Tribunal Révolutionnaire entre le 24 et le 30 octobre 1793. Malgré une défense digne où il nie toute implication criminelle, le « Vainqueur de la Bastille » est condamné pour fédéralisme et conspiration contre l’unité de la République.

Lors des débats d’octobre 1793, alors qu’on tente de l’enfermer dans une logique de faction, Fauchet revendique son indépendance avec une force qui glace l’assemblée :

« Je n’ai de ma vie eu aucune liaison de parti avec qui que ce soit ; j’ai toujours marché seul. »

Citation issue de La Gazette nationale ou le Moniteur universel du 27 octobre 1793 sur Gallica

Cette solitude assumée par Claude Fauchet devant ses juges est bien plus qu’une défense : c’est une profession de foi. En affirmant qu’il « marche seul », il refuse d’être réduit à l’étiquette d’un clan ou d’une faction. Face à la « machine terroriste » qui cherche des coupables collectifs, il oppose l’honneur de la responsabilité individuelle.

C’est ici que Fauchet devient une figure universelle. Au cœur de la tempête, il incarne l’homme qui refuse de sacrifier sa vérité intérieure aux exigences du moment, préférant la mort à la perte de son intégrité. Un rappel puissant que la liberté commence là où l’individu refuse de se fondre dans la masse.

La Guillotine : Le 31 octobre 1793 (10 Brumaire an II), Claude Fauchet monte sur l’échafaud à l’âge de 49 ans. On raconte qu’il resta calme et serein jusqu’au bout, dernier acte de courage d’un homme qui avait cru pouvoir réconcilier l’Évangile et la Révolution.

Le tribunal révolutionnaire qui jugea Fauchet
Le tribunal révolutionnaire qui jugea Fauchet – Source image :Gallica

Texte d’époque sous l’image : « Le 3. Brumaire de l’an 2.ème de la République françoise une et indivisible, Brissot, Vergniaux, Gensonné, Duperret, Carra, Gardien, Valazé, Duprat, Sillery, Claude Fauchet, Ducos, Boyer-fonfrède, Lasource, Lesterp-beauvais, Duchatel, Mainvielle, Lacaze, Lehardy, Boileau, Antiboul, et Vigée, tous Députés à la Convention Nationale, furent amenés au tribunal Révolutionnaire, »

Tribunal révolutionnaire qui a condamné à mort Brissot et ses amis dont l'évêque Fauchet
Tribunal révolutionnaire qui a condamné à mort Brissot et ses amis dont l’évêque Fauchet

Source image : Gallica

Texte d’époque sous l’image : « Le 9. Brumaire de l’an 2.ème de la République françoise une et indivisible, Brissot et 20. de ses complice furent condamnés à mort. lors de la lecture de cette Sentence, ils se levèrent furieux et jettèrent leurs assignats au peuple en criant à nous nos amis ! Valazé s’est tué d’un Coup de Poignard. »

Sources écrites : Réimpression de l’ancien moniteur volume 17

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