Versailles juillet 1789 : tandis que Paris s’arme, l’inquiétude gagne la Cour. Renvoi de Necker, agitation des troupes étrangères, pont de Sèvres gardé au canon — la Gazette Nationale livre le récit des coulisses royalistes et de la naissance du Comité permanent à l’Hôtel-de-Ville.
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Source image : Paris musées
Versailles juillet 1789 : l’inquiétude de la Cour et le renvoi de Necker
On n’était pas plus tranquille à Versailles : toute la ville était livrée à la plus morne tristesse. M. Necker n’y était plus. Un bouleversement universel dans tout le ministère annonçait à tous les citoyens le triomphe et la maturité du complot des ennemis de la cause publique.
Breteuil, la Galaisière, de Broglie, Laporte et Foulon, qui avaient eu le triste courage de se prêter aux projets des sinistres conseillers qui égaraient le meilleur des rois, étaient bien loin de rassurer les esprits. Environ deux cents députés se réunirent sur les sept heures du soir ; mais l’Assemblée étant incomplète, sans président et ajournée seulement au lendemain, elle ne s’occupa que de sa douleur et de ses regrets.
Alarmes militaires et défense du Pont de Sèvres
Les suppôts de la cour, au contraire, s’applaudissaient de leur victoire ; ils se réjouissaient de la consternation et des larmes des bons citoyens ; ils dansaient au bruit d’une musique allemande, et insultaient dans des chansons lascives et grossières, les amis de la liberté.
Mais leurs chants de triomphe furent bientôt interrompus. Une fausse alerte les fait trembler à leur tour. Les communications avec la capitale sont interrompues ; ni les couriers de la poste, ni les gens de pied, ni les voitures ne peuvent franchir les barrières. Le chemin de Versailles est aussitôt couvert de troupes, les gardes-du-corps eux-mêmes passent la nuit en bataille, le pont de Sèvres est gardé avec du canon, et l’ordre est donné de le rompre, si l’on ne peut le défendre avec avantage.
Un faux avis de l’attaque de ce pont vient augmenter l’alarme du parti des conjurés royaux. Le lendemain, un bruit sourd se répand jusqu’au chef-lieu du complot, de la prochaine arrivée de cent mille citoyens armés, pour saisir les chefs et les complices. Les conjurés éperdus ne savent plus quel parti prendre, ni quel ordre donner : l’exil précipité du ministre, l’équipée du prince de Lambesc, l’insurrection de Paris, l’indignation générale, la crainte de la défection des troupes déconcertent leurs mesures, et arrêtent toutes leurs opérations. Ils s’agitent néanmoins et se livrent avec plus de fureur encore à l’espérance du succès.
Les troupes étrangères et l’effervescence parisienne
Versailles et ses environs recelaient une nombreuse artillerie, et des légions d’étrangers armés pour notre perte. Les conspirateurs se mêlent parmi ces soldats ; des femmes de la cour les flattent, les caressent, leur prodiguent l’or, le vin, les complaisances, les excitent au meurtre par l’appât des récompenses et du butin. Le courage du Peuple ne leur inspire que des résolutions atroces ; ils les prennent au milieu des excès de la crapule la plus dégoûtante, qui vinrent couronner tous leurs odieux complots, et faire succéder le délire de l’ivresse au délire du crime.
Pendant ce temps, Paris s’occupait de sa défense. La multitude, plus souvent le jouet et l’instrument du despotisme, que le soutien et le vengeur de la liberté, s’était déclarée pour la cause publique. Mais l’ardeur de son zèle inconsidéré ne paraissait pas moins redoutable aux bons citoyens, que les armes des soldats qui investissaient la ville.
Dès la pointe du jour, des troupes d’ouvriers armés de bâtons et de fusils, de piques, sabres, lances et pistolets, s’étaient répandus dans divers quartiers, menaçant dans leur fureur, de brûler les hôtels des aristocrates.
La prudence courageuse de quelques bons citoyens qui s’étaient mêlés avec eux pour les contenir, sauva la capitale des mêmes horreurs que lui préparaient ses ennemis, en arrêtant la fougue de cette multitude.

Note de l’éditeur : Le récit de Versailles juillet 1789 constitue un témoignage exceptionnel sur la désorganisation du camp royaliste face à l’insurrection parisienne.
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Source historique : Cet article est une retranscription fidèle de la Gazette Nationale ou le Moniteur Universel du 17 juillet 1789.
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