III. Pillage des Lazaristes 1789 et Nuit d’effroi à Paris

Le pillage des Lazaristes 1789 marque un tournant brutal dans la nuit du 12 au 13 juillet. Paris s’enflamme — barrières incendiées, couvent dévasté, tocsin dans toutes les paroisses. Pendant que Versailles danse, les électeurs s’emparent du pouvoir à l’Hôtel-de-Ville et la Commune naît. Source : Moniteur Universel n°20.

⬅️ Épisode précédent : II. Camille Desmoulins a-t-il lancé le signal fatal de l’insurrection de 1789 ?

L’alarme générale et le soulèvement des Gardes-Françaises

Quelques coups de fusil, et le bruit d’un coup de canon, répandent la terreur parmi les citoyens paisibles : hommes, femmes, enfants prennent la fuite dans le plus grand désordre. À cette vue les cris redoublés « aux armes ! aux armes ! » se répètent successivement du Pont-Royal dans tout Paris ; le tocsin sonne dans toutes les paroisses.
On court à l’Hôtel-de-ville, on enfonce quelques boutiques d’armuriers ; des gardes-françaises s’échappent de leurs casernes, se mêlent avec le Peuple, et déployant une marche plus régulière, impriment ainsi le premier mouvement à la révolution.

Rassemblés en force près du dépôt sur le vieux boulevard, ils s’avancent en bon ordre, attaquent un détachement de Royal-Allemand, et font mordre la poussière à trois cavaliers.

Sur les onze heures du soir, les Gardes-Françaises se rendent au Palais-Royal, au nombre d’environ douze cents, et sans officiers ni artillerie, se déterminent à se porter sur la place de Louis XV pour en chasser les troupes réglées.
Mais les troupes de la place se retirèrent à Versailles, et leur exemple fut suivi par tout ce qu’il y avait de troupes réglées dans la ville.

Incendie de la barrière des Bons Hommes — nuit du 12 au 13 juillet pendant le pillage des Lazaristes 1789
Incendie de la Nouvelle Barrière des Bons Hommesen même temps que le pillage des Lazaristes 1789 — Source : Paris Musées

Cependant des troupes de brigands profitant des ténèbres s’étaient répandues dans la ville, avaient mis le feu à la barrière blanche et à plusieurs autres. La lueur des incendies remplit la ville d’effroi.

Paris et Versailles : une nuit de veille et de tristesse

Dans cette nuit désastreuse le sommeil ne descendit que sur les yeux des enfants ; seuls ils reposèrent en paix, tandis que leurs pères alarmés et leurs meres éplorées veillaient auprès de leurs berceaux. On n’était pas plus tranquille à Versailles : toute la ville était livrée à la plus morne tristesse. Breteuil, la Galaisiere, de Broglie, Laporte et Foulon, qui avaient eu le triste courage de se prêter aux projets des sinistres conseillers, étaient bien loin de rassurer les esprits. Environ deux cents députés se réunirent sur les sept heures du soir mais l’Assemblée étant incomplète, elle ne s’occupa que de sa douleur et de ses regrets.

Les suppôts de la cour, au contraire, s’applaudissaient de leur victoire ; ils dansaient au bruit d’une musique allemande et insultaient dans des chansons lascives et grossières, les amis de la liberté. Mais leurs chants de triomphe furent bientôt interrompus par une fausse alerte qui les fit trembler à leur tour. Les communications avec la capitale étaient interrompues. Le chemin de Versailles était couvert de troupes, les gardes-du-corps eux-mêmes passèrent la nuit en bataille, le pont de Sèvres était gardé avec du canon.

La naissance de la milice bourgeoise et de la Commune

Pendant ce temps, Paris s’occupait de sa défense. Dès la pointe du jour, des troupes d’ouvriers armés de bâtons et de fusils, de piques, sabres, lances et pistolets, s’étaient répandus dans divers quartiers. Tout-à-coup une heureuse pensée venue à un bon citoyen, devint un foyer de lumière et sauva la capitale. Les électeurs sont convoqués ; au péril de leur vie ils s’emparent avec courage de l’autorité.

Le dimanche 12 juillet, à six heures du soir, les électeurs s’étaient rendus à l’hôtel-de-ville. On créa un comité permanent ; et furent nommés pour le composer, le prévôt des marchands, M. Ethis de Corny, le procureur du roi, les échevins et plusieurs citoyens notables.

On nomma pour commander la milice bourgeoise M. le marquis de la Salle.

Le pillage des Lazaristes 1789 : dévastation au couvent

Le Peuple, armé de piques grossières, se porta dans divers endroits. Un peloton, soupçonnant que les religieux lazaristes avaient du bled emmagasiné, s’achemina vers le couvent, et enfonça, à coups de haches, les portes de cet asyle. Un vieillard à cheveux blancs, courbé sous le poids des années, tombe sur ses genoux chancelants, les conjure de respecter… A peine a-t-il le temps de se relever pour se soustraire à leurs fureurs sacrilèges ; bibliothèques, tableaux, fenêtres, armoires, tout est marqué de l’empreinte du plus horrible désastre. Une trentaine de ces forcenés furent trouvés le lendemain noyés pêle-mêle, ou expirants dans des flots de vin dans les caves.

Pillage des Lazaristes 1789 — gravure de la Maison Saint-Lazare le 13 juillet, collections du Louvre
la Maison de Saint-Lazare dévastée le lundi 13 juillet pendant le pillage des Lazaristes 1789 – collections Louvre

On ne vola rien pour l’emporter ; car un de la troupe ayant été pris en flagrant délit, justice en fut faite sur le champ. Deux des plus grands et des plus forts formèrent une potence vivante, à laquelle le voleur fut incontinent accroché et étranglé. 

Dans l’après-midi, on découvrit au port Saint-Nicolas un bateau rempli de poudres ; il fut mis sous la sauvegarde des bourgeois. M. de Crosne, lieutenant de police, fut mandé à l’hôtel-de-ville ; il annonça qu’il avait donné au roi la démission de sa place. Les églises se remplissent
en un clin-d’œil, les citoyens se rendent précipitamment dans leurs districts. La commune se forme.

Note de l’éditeur — Le pillage des Lazaristes 1789 n’est pas un acte isolé. Il illustre la violence spontanée d’un peuple affamé qui, la veille de la prise de la Bastille, commence à s’organiser et à faire justice lui-même.

Note de l’éditeur : Tandis que la foule cherche des subsistances chez les Lazaristes, le basculement politique s’opère dans le reste de la capitale (Voir l’épisode I : La nuit du 13 juillet).

⬇️ Épisode suivant : IV. Alarme à Versailles et organisation de la défense

Source : 

Cet article est une retranscription fidèle de la Gazette Nationale ou le Moniteur Universel du 17 juillet 1789

Voir aussi : Collection complète des Tableaux historiques de la Révolution française sur Gallica (Douzième tableau (texte) : pillage de Saint-Lazare)

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