Jacques de Flesselles, Prévôt des marchands : le sacrifié du 14 juillet 1789

Si Éthis de Corny représentait la loi et le marquis de Launay la force, Jacques de Flesselles incarne l’administration royale qui s’effondre. Dernier Prévôt des marchands de Paris (l’équivalent du maire avant l’heure), il fut le premier grand « sacrifié » de la Révolution, victime d’une position d’intermédiaire qu’il n’a pu tenir.

Identité et Profil : Jacques de Flesselles, administrateur de l’Ancien Régime

Jacques de Flesselles, prévôt des marchands de Paris en 1789, assassiné sur les marches de l'Hôtel de Ville le 14 juillet
Jacques de Flesselles-prevot des marchands – Source Paris Musées

Nom : Jacques de Flesselles (1730-1789).

Fonction : Prévôt des marchands de Paris depuis avril 1789.

Carrière : Un grand administrateur de l’Ancien Régime. Ancien Intendant à Lyon (où il fut très apprécié pour son soutien aux arts et à l’industrie), il arrive à Paris avec une réputation de réformateur éclairé, mais très attaché à l’autorité royale.

Né en 1730, Jacques de Flesselles gravit les échelons de l’administration royale avec méthode. Intendant à Moulins puis à Lyon, il y laissa la réputation d’un homme attaché au développement économique et au soutien des manufactures.

Nommé prévôt des marchands de Paris en avril 1789, il arrivait dans la capitale au pire moment — celui où l’autorité royale commençait à se fissurer de toutes parts.

Son rôle critique (13 et 14 juillet 1789) : Prévôt des marchands face à l’insurrection

De Flesselles se retrouve à la tête du Comité permanent à l’Hôtel de Ville. Sa mission est impossible : calmer la fureur du peuple qui demande des armes, sans pour autant trahir le Roi qui lui ordonne de maintenir l’ordre.

  • L’accusation de trahison : Pressé par la foule qui réclame des fusils, il multiplie les manœuvres dilatoires. Il promet des caisses d’armes qui, une fois ouvertes, ne contiennent que du vieux linge ou des pierres.
  • Le double jeu : On l’accuse d’envoyer des billets secrets à de Launay (le gouverneur de la Bastille) pour lui dire de tenir bon en attendant les renforts. Ces soupçons, vrais ou faux, scelleront son destin.
  • L’homme de papier face au fer : Alors que les Gardes-Françaises et les bourgeois s’arment, de Flesselles reste un homme de bureau, tentant de gérer une insurrection avec des registres et des promesses orales.

Commentaire : Le soir du 13 juillet, assemblée générale des 60 districts dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, les citoyens ont réclamés des armes et des munitions. Le prévôt des marchands Flesselles se place parmi les électeurs, d’autres personnages importants y assistent tels que les échevins et le procureur du Roi : Ethis de Corny. Un comité permanent se forme.

Sa mort : Le point de non-retour

Le 14 juillet, après la chute de la Bastille, la foule victorieuse et ensanglantée revient à l’Hôtel de Ville.

Une lettre interceptée (censée provenir de lui et adressée à de Launay) est brandie comme preuve de sa trahison : « J’amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu’au soir…« 

Alors qu’il tente de quitter l’Hôtel de Ville pour se justifier au Palais-Royal, il est abattu d’un coup de pistolet sur les marches du quai de Grève. Sa tête, comme celle de de Launay, sera portée au bout d’une pique.

La question de sa culpabilité réelle reste entière. Homme de l’Ancien Régime jusqu’au bout, Jacques de Flesselles n’avait ni la trempe ni la position pour résister à deux maîtres simultanément — le roi qui lui ordonnait de temporiser et le peuple qui exigeait des armes. Bouc émissaire d’une monarchie qui s’effondrait, il paya de sa vie une ambiguïté que la Révolution ne pouvait pas tolérer.

Jacques de Flesselles, Prévôt des marchands, devant le peuple à l'Hôtel de Ville de Paris lors de la formation du Comité permanent, 13 juillet 1789
M. de Flesselles quittant l’Hôtel-de-Ville, 13 juillet 1789.

Source image : Paris musées

Les têtes de De Launay et de Flesselles portées au bout de piques place de Grève à Paris, le 14 juillet 1789, après la prise de la Bastille
La justice populaire place de Grève : les têtes de De Launay, gouverneur de la Bastille, et de Flesselles, Prévôt des marchands, brandies en triomphe — 14 juillet 1789

Source image : Paris musées

Texte sous l’image : Tous les citoyens réunis aux braves grenadiers et soldats du régiment des gardes françaises, après avoir conquis la Bastille en quatre heures de temps, coupèrent la tête à Monsieur De Launay, gouverneur de cette citadelle effroyable, ainsi qu’à celle de Monsieur de Flesselles, Prévôt des marchands de Paris. Les promenèrent en triomphe de la Grève au Palais Royal et les remirent à la Morgue où ils furent exposés à la vue du public pendant plusieurs jours et jeté ensuite dans la rivière.C’est ainsi que tôt ou tard, la justice divine punit les traîtres

Sources

L’image de son portrait : Paris musées

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